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Liste de trucs fous

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« Un monde parfait », film de Clint Eastwood, sorti en 1993.

Il y a une scène que j’aime beaucoup dans le film de Clint Eastwood Un Monde Parfait : celle où Kevin Costner demande au petit garçon qu’il a pris en otage de lui faire la liste de toutes les choses folles qu’il aurait voulu faire et qu’on lui a interdit. Et pendant que Costner conduit, le gamin d’écrire avec application en tirant la langue des choses aussi simples que « faire des montagnes russes » ou aussi farfelues que « aller sur la Lune ».

ça a l’air simple, comme ça.

Aujourd’hui, je me suis dit que j’allais faire, moi aussi, une liste de choses folles que je me suis toujours empêchée de faire, juste pour voir ce que ça donne, juste pour rire.

J’ai pris un papier et un crayon… et « mine de rien », ça n’est pas si simple.

On évacue déjà les choses techniquement impossibles, on élimine les surnaturelles, on tait les plus inavouables, bref on s’auto-censure comme on ne l’imagine pas.

Retrouver l’innocence de ses huit ans, quand on en a trente, « mine de rien », ça demande une sacrée concentration.

Vous ne me croyez pas ?

Essayez, pour voir !

Soulages et le noir de la lumière

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Pierre Soulages, Peinture, 324 x 362 cm, polyptyque C (1985)

Les puristes conseillent de ne visiter un musée que pour deux ou trois œuvres dont on sait qu’elles s’y trouvent. Et de snober toutes les autres en attendant de tomber sur celle qu’on cherche.

C’est compter sans le hasard. Sans l’émerveillement de l’œil, le choc d’un tableau croisé au détour d’une salle à priori anodine. La galerie des collections permanentes de Beaubourg est ainsi faite qu’elle entrecroise dans un même champ de vision des œuvres très différentes et l’on peut s’amuser à passer de l’une à l’autre au gré des regards perdus. Je crois traverser un couloir sans intérêt pour rejoindre un tableau connu (dont je ne me souviens plus, pour le coup !), quand quelque chose arrête mon pas, à ma droite.

Une immense toile noire, entièrement noire, d’un noir pur, intense, fabuleux. Je m’arrête, béate, surprise, happée. Un rapide coup d’œil sur le petit carton m’informe qu’il s’agit d’un monochrome de Soulages. Tétanisée, je reste debout, à quelques mètres de la toile qui m’absorbe littéralement dans ce noir subjuguant. Et pourtant, ce n’est « que » du noir.

Mais quel noir ! Il est presque lumineux. De ces noirs qui irradient une sorte de lumière venue de nulle part, quelque chose d’infini qui sourd d’entre les rais parallèles tracés au grattoir dans la matière. Il n’y a pas l’ombre d’un reflet de projecteur, pas une once de blanc, ni d’aucune couleur. Que du noir. Et pourtant une incompréhensible sensation de lumière inonde l’ensemble.

Du coin de l’œil, je perçois le mouvement du gardien de la salle qui s’apprêtait à traverser entre Soulages et moi et qui s’est ravisé en me voyant. Nos regards se croisent, une fraction de seconde, il sourit et me contourne afin de ne pas perturber ma contemplation. Je suis seule dans la salle ; le monochrome noir de Soulages attire beaucoup moins que le bleu de Klein…

Dix minutes plus tard, le gardien reparaît, faisant sa ronde en sens inverse. Je n’ai pas bougé. Et il sourit à nouveau, de cet air complice et comblé des personnes qui se découvrent un préféré commun.

Inachevés

On ne termine jamais vraiment les choses ; c’est leur côté inachevé qui les rend d’ailleurs souvent intéressantes, vivantes. Le fini statique effraie par son irrémédiabilité. C’est comme ces villes qu’on visite des dizaines de fois sans jamais en être blasé, parce qu’il y a toujours du neuf, du différent. Et parce que l’oeil qu’on y traîne change aussi.

Mes souvenirs parisiens finissent par tenir du kaléidoscope vivant et inachevé tant que je pourrais y ajouter des images. Si ma mémoire était un appareil photo, je me ferais volontiers Doisneau pour immortaliser l’anodin pourtant unique de moments indéfinis.

L’esplanade du Louvre, à quatre heures de l’après-midi, en plein soleil hivernal, a un goût de voyage organisé. Une pause de dix minutes mêle grandiloquence des pierres et de l’architecture classique à l’anonymat d’un grand-père affable qui me montre sur ma carte le chemin le plus court pour rejoindre Notre-Dame. On resterait bien là une heure ou deux, observer les gens d’horizons variés faire la queue à l’entrée de la Pyramide, en oubliant presque le ballet des voitures entre le Carrousel et les Tuileries…

L’intimité poussiéreuse des Sand et consorts (musée de la vie romantique) répond à l’arrogante folie de Gustave Moreau aménageant de son vivant un musée à sa propre gloire dans son atelier : deux hôtels particuliers entre Montmartre et Saint-Lazare, mais deux visites assez fades et impersonnelles. Je découvre que j’accroche peu la peinture symboliste – qui m’était inconnue.

Je me repose devant Notre-Dame, immuable et grandiose, avant de descendre sous terre visiter la Crypte archéologique. Je presse la visite parce que j’ai déjà une bonne dizaine de kilomètres dans les pieds, que je n’en peux plus et surtout parce qu’un curieux sentiment m’étreint devant cette évocation de l’histoire de l’île de la Cité. Je me surprends à désirer remonter le temps, vivre plusieurs époques et être témoin de tous ces événements. La même sensation me poursuit le lendemain au musée Carnavalet, trop gigantesque pour être appréhendé en une seule fois. Je saute le Moyen Âge et plonge dans les intérieurs XVIIIème – j’étais venue pour ça, pour pouvoir imager mes descriptions dans mon roman historique en chantier.

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Le 47 rue Vieille Du Temple

Je m’imagine chez Beaumarchais et je me redis pour la trois millième fois depuis qu’il tient un second rôle dans ledit roman que j’aurais bien aimé rencontrer cet homme-là. Je martèle le pavé du Marais à pied juste pour m’imprégner des lieux et chercher, au 47 de la rue Vieille-du-Temple, si le fantôme de Figaro ne rôde pas là où mon auteur-espion-homme d’affaires avait installé ses meubles, sa maîtresse et sa célèbre compagnie commerciale Rodrigue Hortalez et Cie. Il n’y a plus qu’une immense porte cochère rendue hideuse par dix centimètres de pollution et je me dis que la mairie aurait pu faire un effort pour l’avant-dernière demeure d’un agent secret du Roi…

Un piano-bar sans âge de Saint-Germain-des-Prés m’accueille un soir en bonne compagnie sur des airs d’opéra avant de migrer vers un club où l’on danse le rock comme dans les années cinquante, même les costumes y sont presque. L’ambiance est bon enfant, intemporelle, la musique colorée par des spots antiques. L’air tremble des parfums mélangés des parfums et des boissons, des sourires s’envolent vers les voutes au-delà desquelles les danseurs s’entremêlent et il traîne un goût d’inachevé, une mélopée apaisante comme un vieux calumet, quelque chose de serein, de magnifique et d’assez magique à la fois. C’est du temps qui passe au ralenti, des bouts de bonheur mis bout à bout en éclairant une cave enfumée d’un coin de Paname… On échange des bouts d’instants comme des gamins troquent leurs billes, dans la cour, avec l’innocence des premiers rires. On est juste là, on ne dit rien, on ne fait que goûter et savourer. On fait durer la course de taxi pour le plaisir de partager encore quelques moments. Quelquefois, le temps a du bon, quelquefois le temps est délicieusement long, surtout quand il nous surprend et quand son intensité nous laisse pantois dans une nuit d’hiver curieusement estivale… Quelquefois, je voudrais remonter ce temps-là, indéfiniment ne rien achever, toujours prolonger, prolonger…

Prolonger, comme la déambulation sur les « grands boulevards » au détour desquels je découvre inopinément des petits théâtres dont je ne connaissais jusqu’à présent que le nom. Une sorte de grand et large tunnel descend sous terre, on dirait un cinéma, je m’y engouffre et me heurte à des portes battantes closes. Je ressors, lève la tête pour voir où je suis et me met à rire : l’Olympia. J’allais passer devant, sur le trottoir, sans m’en rendre compte. Il faut le voir depuis l’autre côté de la rue pour en apprécier l’entrée majestueuse – et si célèbre.

Dans l’église de la Madeleine, je regrette la météo maussade qui rend encore plus sombre l’austère bâtiment. C’est presque sinistre. Et puis, tout à coup, les orgues se mettent à jouer. C’est tellement inattendu que j’en sursaute. Je souris en me disant que peut-être Dieu m’a entendue et qu’il tente de me faire changer d’avis sur l’église. Je trouve cocasse l’idée que le Seigneur n’aie pas d’autre moyen pour me prouver son existence… Mon rationalisme coutumier trouve néanmoins rapidement l’explication à ce « miracle » dans les affiches apposées à l’entrée de l’édifice : on répète simplement le concert donné le soir même. CQFD.

Au terme de mon séjour, je fais le bilan de mes découvertes : j’étais venue pour essayer de ressentir le Paris du XVIIIème pour les besoins de mon roman historique. J’ai beaucoup engrangé, j’ai même vu Beaubourg et ses collections d’art contemporain juste pour le plaisir, j’ai donc rempli mes objectifs. Je suis tranquille pour un temps. Et puis, l’ultime sortie dans un restaurant du cinquième arrondissement flanque mes plans par terre : la silhouette fabuleusement imposante du Panthéon en haut de la rue me rappelle que je n’ai pas tout vu et que je vais devoir revenir. J’ai encore inachevé Paris, mais j’aurai plaisir à recommencer…

Tableau verbal d’un nu

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Photo Pascal Valu.

Juste un souffle, au départ ; même pas un effleurement. Juste l’esquisse du geste, l’esquisse de l’apposition de la main sur la peau nue. Même pas une caresse. A peine un frôlement.

Surtout, ne pas toucher !

Les doigts suivent la courbure d’une épaule, la rondeur incurvée d’une nuque, à un centimètre de l’épiderme, comme si un champ magnétique tenait à distance la main étrangère. Il y a juste la tièdeur des deux peaux qui s’appellent l’une l’autre, jusqu’à ce que la chaleur devienne frisson.

Les mains entourent le corps, comme un géomètre pose des jalons, des repères pour tracer sa carte, en envisageant les formes, les volumes.

Et il y a l’oeil. L’oeil qui suit les mouvements de la main, obsédé par l’espace entre les doigts et la peau – surtout, ne pas toucher ! – et qui regarde ce vide presque mousseux enrober les frontières dans ses volutes immatériels.

L’oeil, lui, s’autorise à toucher. Il se pose partout, juste avant le passage aérien de la main, comme pour préparer le terrain ; la main frôle, l’oeil caresse. Il détaille, scrute, s’attarde ; il perçoit le grain de la peau duveteuse, détecte les endroits tendres et fragiles où elle devient infime, arachnéenne, là où l’on pressent la chair qui s’agite et s’affole. Le fluide est là, sous cette mince pellicule tendue comme la membrane d’un tambour, battant interminablement à ce rythme dont le secret nous échappe depuis l’origine.

Les détails demandent du temps, de l’attention, de l’investigation minutieuse d’archéologue. Le regard s’ancre, s’attache, creuse, avec soin, soucieux de ne rien violenter dans cette admirable architecture. Et plus il détaille, et plus il s’enfonce dans ce corps qui s’offre à lui sans condition, et plus il pénètre en lui pour en soutirer la quintessence.

Pour « écrire un homme », dans toute la splendeur et la magnificence de son être, vivant, charnel, le regard esthétique, objectif et froid, ne suffit pas, car il se contente de statufier le corps-objet, sans rendre hommage à la vie qu’il porte en lui, à sa masculinité, à l’âme enfin, qu’il cache, enveloppe et révèle…

noces de figaro opéra

Quand Mozart me met hors du monde…

Sortie de l’opéra, à l’approche de minuit – dixit l’horloge du beffroi de l’hôtel de ville. Je suis euphorique et en même temps j’ai envie de pleurer. Dès les premières mesures du Nozze di Figaro de Mozart, j’étais émue… Je les ai tellement écoutées que de les entendre, là, « pour de vrai », résonner sous la voute de la petite salle de l’opéra me met dans un état second. Je suis heureuse et une émotion me serre le coeur. Bonheur qui se transforme en tristesse, cette tristesse qui vous prend à la fin des choses qui se terminent.

Curieusement, la plénitude s’entremêle de vide. Voir ou entendre ainsi quelque chose de si grand, de si intense vous renvoie à cette ‘insignifiance intime, ce petit sentiment de n’être rien. C’est comme si l’émotion était trop forte pour être vécue pleinement de peur d’exploser complètement. Encore une fois, l’impression de refuser l’abandon, de peur de se perdre. Dans la musique ? Quel danger y aurait-il à cela ? Je m’interroge. Pourquoi la musique me met-elle dans un état pareil ?

Les accords vifs et ciselés subsistent dans mes oreilles sous forme d’acouphènes. Je revois le Figaro pétillant, la Susanna espiègle, la Contessa bouleversante. Je repense à Beaumarchais, puis au théâtre, je revois le visage de Figaro saluant le public, à la fin de l’opéra, avec un sourire épanoui, magnifique, reconnaissant, soulagé – ce sourire que ceux qui sont montés une fois sur scène connaissent. Je sais ce qu’il ressent, ce moment fabuleux où l’hommage du public est la plus belle des récompenses. On sourit en ayant envie de pleurer, il y a une sorte de symbiose qui fait chaud au coeur. C’est bouleversant de sincérité, je voudrais le partager, là, à cet instant. L’écrire. Communier dans la beauté de l’art. A cet instant, c’est la solitude qui s’impose…

Je ferais une mauvaise critique culturelle, tous les spectacles me paraissent sublimes du fait même de la chance que j’ai de les voir. Inconsciemment, y assister est déjà un immense bonheur pour moi. Je ne peux donc pas dire si la musique était bien jouée, si la mise en scène ceci ou cela, si les comédiens étaient la hauteur… je n’ai que mon émotion, mon coeur qui bat, mon souffle court, mes larmes. J’ai pu voir cela, ressentir, aimer, vibrer, être en dehors du monde durant quelques heures. Quelquefois, seulement de temps en temps, l’idée que je n’existe vraiment que dans ces moments-là me traverse l’esprit.

Métaphysique du sexe / Julius EVOLA

  • Le mystère maternel de la génération physique est au sommet de la conception religieuse où l’individu n’a pas d’existence propre (il est transitoire et éphémère, seule étant éternelle la matrice cosmique maternelle).
  • On attend de l’amour quelque chose d’absolu. Le sens ultime du désir qui pousse l’homme vers la femme est le besoin d’être au sens transcendant ; lorsque le désir ne trouve pas satisfaction, l’individu peut être poussé au suicide, au meurtre ou à la folie.
  • Schopenhauer a montré que si les souffrances de l’amour trahi ou brisé dépassent toutes les autres, c’est parce qu’elles reposent sur un élément, non empirique et psychologique mais transcendantal : ce n’est pas l’individu dans sa finitude qui est frappé, mais ce qu’il recèle d’essentiel et d’éternel (…) : son besoin absolu d’être et de confirmation.
  • La tyrannie de l’amour et du sexe et de tout ce qui est capable de bouleverser, de dépasser et de subordonner tout autre facteur, au lieu d’exprimer dans l’existence humaine une déchéance extrême et une indéracinable démonie, devient le caractère irrépressible, chez l’homme, du désir de se porter, de quelque façon que ce soit, au dela de la finitude de l’individu.
  • Ce qui est caractéristique chez la femme, c’est une angoisse existentielle plus grande que celle de l’autre sexe ; l’horreur de la solitude, un sentiment de détresse quand il n’y a pas possession d’un homme. Le masculin pur se caractérise en ce qu’il a en soi son principe, le féminin pur en ce qu’il a en l’autre son principe.

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Des colombes et des cloches

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J’ai déménagé.

C’est juste un petit village ratatiné au pied d’un clocher pourvu de quatre clochetons.
Trois lumières palotes : le halo de trois réverbères d’éclairage public perdu dans un brouillard de janvier.

Et la présence irréelle d’une étoile de Noël en face de la fenêtre de la chambre à coucher.

Juste un petit village, trois cents âmes dispersées dans une campagne silencieuse qui s’étend au pied du salon…

Le silence juste troublé par les cloches qui sonnent l’heure et la demie… « Ennuyeux comme la mort », dîtes-vous ?

C’est un trésor. La quiétude d’une vie.
Ce que les tourmentés, les déçus, les pessimistes
Ne verront jamais : la simplicité du vent dans les arbres.

Et d’être là, simplement,
Pour en jouir.

Soliloque pour un absent

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… Et tu es là. Comme une ombre.

J’ai beau masquer les fenêtres, cacher le soleil, la lumière du jour, tu restes. Me rendre aveugle, ne plus voir ton fantôme. Avoir le courage de t’oublier, te ranger dans la pochette à souvenirs. Te vouer au passé, regarder l’avenir. Mais tu es trop présent. Ce n’est même pas ta faute. A peine la mienne. C’est « ainsi ».

Parfois, le désir de ne plus penser, de m’oublier, de n’être qu’une petite chose sans sentiments, sans passions, sans âme. Juste une poupée qu’on pourrait utiliser à sa guise sans qu’elle ne s’émeuve de quoi que ce soit.

Tu ne veux plus. Je voudrais bien ne plus vouloir. Je ne sais même pas pourquoi je t’écris cela.
Tu n’as que faire de mes sentiments.
Je n’ai que faire des miens.

Tu ne m’aimes pas. A peine si tu me méprises. Je t’indiffère.
C’est peut-être le plus banal, mais le pire à admettre.

J’ai menti. Revêtu mon coeur de l’innocent costume de l’amitié.
Mon amour te fait peur.
Me fait peur. Il ne m’avancera à rien. Toi non plus. Mais il existe.
Tu n’y peux rien.
Je n’y peux rien.

Le détruire est impossible. L’ignorer est trop douloureux. Alors le vivre, le garder, comme un jardin secret. A peine une ecchymose. Juste une cicatrice.

Cri d’une chair insatisfaite, dis-tu ? Même pas. J’aime ton ombre. Ce que tu représentes. Même pas besoin de concrétiser. Ni de retour. Encore moins de partage.
Juste le reconnaitre, l’accepter. Ce serait à sens unique. J’en souffrirai peut-être.
La souffrance est supportable quand elle aide à vivre.

C’est stupide, je sais. Mais j’en ai assez de mentir.
J’ai tout déguisé pour te rassurer.
Me rassurer aussi.
Mais pas envie de te perdre.
De me perdre.

Nous aurions pu continuer comme c’était.
Mais tes silences étaient trop longs. Tes absences trop sourdes. Tu manquais.
Je te rendais présent en connaissant tes lettres par coeur.
Chaque phrase. Chaque mot.
Même les plus anodins.
Même les plus ignobles.
Le moindre mot que tu m’as donné m’emplit. Et me vide à la fois.
J’ai honte de ce que je t’écris. Je n’ai rien à t’offrir. Et je demande beaucoup trop.
Tu m’en mépriseras sans doute un peu plus. Peut-être voudras-tu te débarasser de moi. Rompre les amarres. Les chaînes, dis-tu.
Tu me renverras à mon insignifiance. Je ne vaux peut-être que ça, après tout. J’ai eu la faiblesse, la folie de penser que je valais mieux.

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Je voudrais mettre le point final à cette lettre grotesque et indécente… et l’ouverture de « Peer Gynt » s’envole sur ma platine. C’est grand. Je me sens petite. Insignifiante. Soudain, l’effrayante conscience de n’être rien – ou pas grand chose.
Dérisoire. Ce mot qui me poursuit. Et cette interrogation. Lancinante. Comme une mélopée.
« Ecrire, à quoi bon ? »
Tout a été dit, des millions de fois. Des millions de fois mieux.

Je jette la plume, la porte claque. Canon de Pachelbel. L’inachevée de Schubert. Je m’abandonne aux violons. Tant de beauté, tant d’émotion. Ce n’est pourtant que de la musique. Beethoven. C’en est trop, j’en pleure. Et une curieuse envie de néant. De vide. D’abysse. Alors que je viens de finir une chose, une lettre qui ne sera peut-être jamais lue.

Les morceaux s’enchaînent avec une surprenante acuité : Mahler, Mozart et même Chostakovitch… tous (re)découverts grâce à toi. Sous ton aile.

Et ton ombre plane. Encore une fois. Je finis par croire aux Signes

Rêver son réel, réaliser ses rêves

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Je reste sur mes ressentis du jour, ni tempérés par la relecture, ni sublimés par le recul. Juste la sensation délicieuse d’un badinage agréable, soie légère, dentelle délicate, mousseline vaporeuse.

J’y ajoute l’odeur mouillée d’un thé vert, le parfum ambré sur fond de miel d’un bâton d’encens, la lueur indirecte de la lampe de bureau, un filet de musique sacrée – Miserere d’Allegri – et me voilà partie dans les sphères de l’imaginaire… Certains pensent que le rêve est par essence improductif et donc inutile. Peut-être raconterais-je un jour comment un rêve fut mon plus propice aiguillon à l’écriture – sans doute ce que j’ai produit de mieux jusqu’à présent.

Je me suis souvent reprochée de vivre intensément des relations réelles avec des êtres imaginaires – les personnages de mes romans. Ils m’ont tour à tour habitée, exploitée, quittée, mais ils m’ont tous transcendée aussi ; je les ai tous aimés, désirés, fantasmés, je les ai même projeté sur des personnes réelles – non pas pour qu’ils m’apportent amour ou tendresse, mais pour qu’ils m’aident à être moi, à me reconnaître, à m’auto-réaliser (oserai-je « à m’auto-créer » ?). Comme le dit Julius Evola : « On attend de l’amour quelque chose d’absolu. Le sens ultime du désir qui pousse l’homme vers la femme est le besoin d’ « être » au sens transcendant. » (Métaphysique du sexe).

Et l’écriture, justement, permet tous les aveux, toutes les audaces, toutes les métamorphoses, tous les dédoublements, tous les possibles, parce qu’elle abolit l’absurde démarcation entre rêve et réel. Le véritable amour s’abstient de toute concrétisation, qu’elle soit tendresse amoureuse ou union sexuelle. Il est à lui-même sa raison d’être, son seul but. C’est une communion d’âmes (ne parle-t-on pas d’âmes soeurs ?) et non fusion de corps. Méditez les vers de Faust quand il dit que dans le désir il a soif de jouissance et que dans la jouissance il éprouve l’amère nostalgie du désir : le vrai amour, non pas l’instinct ou la passion, est toujours de nature religieuse. Mon plaisir à moi est dans le désir, dans l’inachevé, dans l’infini. Entrouvrir la porte des possibles… et imaginer le reste.

C’est sensuel, l’écriture…

Le message électronique est comme une lettre. On ne dira pas que dans l’écriture, le support importe peu, je sais que ce n’est pas vrai : on est souvent moins indulgent avec ce qu’on écrit directement sur un fichier qu’avec ce qu’on rédige à la main.

Mais, la plupart du temps, mes messages électroniques ne sont que le retranscrit informatique d’une lettre que j’aurai rédigée à la main, préalablement. Par habitude, sans doute. Par goût, aussi. Oserai-je… par plaisir ?

Oui, après tout, c’en est un, qui en appelle aux sens aussi sûrement que l’émoi amoureux (caresser le papier de la pointe d’une plume, voir les arrondis des lettres s’aligner, sentir l’odeur de l’encre se mêler à celle d’un cahier, écouter le grattement de la plume…).

C’est sensuel, l’écriture… Il m’arrive souvent d’écrire des choses qui n’ont pas de sens pour le seul plaisir des sens(ations). Apparemment, ma jouissance d’auteur colore mon écriture : on me fait souvent remarquer que mes textes sont dans l’émotion. Le plus étonnant, c’est que je n’en avais pas conscience avant qu’on me le dise. Il faut croire que notre façon d’écrire est vraiment le symptôme de ce que nous sommes. Voudrais-je écrire sèchement que je n’y parviendrais sans doute pas – à moins de me perdre et, dans ces conditions, est-ce intéressant ?

Je suis manifestement plus « moi » dans mes lettres et dans mes textes que je ne le suis dans mes paroles, dans mes conversations. Au premier abord, je suis superficielle et hédoniste, mais en réalité je suis sensualiste et épicurienne… Mon approche du monde est sensorielle. J’aime tous ces détails quotidiens que personne ne voit mais sans lesquels le monde serait terne (un oiseau sur une branche d’arbre, un nuage très lumineux dans un ciel chargé, le regard apaisé de mon chat, le bruit du vent dans les arbres…). Moi, j’enregistre tout cela et j’ai chaque seconde un oeil neuf sur l’existence.

C’est une forme d’optimisme, dirait-on. Ou d’utopie. Voire de naïveté.

Peut-être… mais peu importe.

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