Faire de l’écriture son métier

J’ai quelques amis auteur·trices qui disent souvent que, pour eux, l’écriture est un loisir ou une passion, et que s’astreindre à toute forme d’obligation tuerait leur créativité. Faire de l’écriture son métier, c’est tuer la passion ?

Quand on veut faire de l’écriture son métier, écrire devient un gagne-pain. Cela change profondément la vision de l’écriture. Pourtant, envisager l’écriture comme un travail, une profession, ce n’est pas tuer la créativité et la passion, bien au contraire.

Écrire selon l’envie ou le temps

La plupart du temps, quand on écrit pour le plaisir, l’écriture vient dans la (parfois longue) liste des loisirs : au même titre que faire du sport, se promener, lire, dessiner, jouer d’un instrument…

On écrit quand on a de l’inspiration, mais surtout quand on a le temps. Pendant les vacances, le soir, le week-end, pendant la sieste des enfants ou à la pause de midi. Quelquefois, on écrit toute la nuit ou pendant plusieurs jours, puis on n’ouvre plus son cahier ou son logiciel pendant toute une semaine.

L’écriture d’un roman peut ainsi prendre trois mois… ou vingt ans ! Je parle d’expérience, j’ai commencé Le Vent des Lumières dans les années 1990, au collège.

Faire de l’écriture une priorité

J’ai longtemps considéré moi aussi l’écriture comme un passe-temps, un loisir, une activité annexe. Depuis la publication de mon premier roman, j’ai progressivement changé mon angle de vue. D’activité accessoire, l’écriture est devenue une priorité. C’est-à-dire que je n’écris pas quand j’ai le temps (ou envie), mais je prends le temps d’écrire.

C’est une question de vision, mais ça change tout. En décidant de réserver mes soirées à l’écriture de mes romans, j’ai par exemple abandonné World of Warcraft (un jeu vidéo en ligne à l’univers super sympa, mais très (très) chronophage). Je me suis fixée des objectifs à atteindre, j’ai planifié des sessions d’écriture, j’ai défini des processus.

Une technique comme une autre pour écrire : les post-it !

Ne nous méprenons pas, je n’ai pas industrialisé mon écriture pour autant. Elle reste un plaisir. Ce n’est pas parce qu’on se fixe des objectifs ou qu’on planifie un roman qu’on tue le plaisir. Si c’est l’heure de ma session d’écriture et que l’envie n’est pas là ou que je suis fatiguée, je n’écris pas. Mais je vais lire de la documentation, réfléchir à une scène, relire et corriger. Parfois, ça va ressembler à du rêvassage en règle, de l’extérieur. En fait, à l’intérieur, ça marine et ça mûrit. L’écriture, c’est comme la vinification (ou le thé), il faut du temps pour que les saveurs se libèrent.

Au moment où j’ai décidé que non seulement j’allais faire de l’écriture une priorité, mais que j’allais essayer d’en vivre, ça changeait tout mon processus de travail. D’où la nécessité de m’organiser un minimum pour ne pas procrastiner et laisser les jours s’envoler sans avoir écrit une seule ligne. C’est à ce moment que l’écriture devient un métier, avec ses contraintes (choisies, mais contraintes quand même). De mon point de vue, ça ne tue pas la créativité. Au contraire, ça l’encadre et la stimule.

J’ai terminé mon contrat de remplacement vendredi dernier et j’expérimente ma première semaine de « liberté ». Mais je ne me considère pas au chômage ou en vacances : j’ai travaillé sur mon site, sur ma future offre de rédaction web, sur mon portfolio. J’ai aussi écris des articles et une nouvelle pour un recueil en faveur des soignants. J’expérimente ma première semaine d’écrivain à plein temps. Et je crois bien que ça me plait !

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