Cela fait maintenant près de 4 ans que j’utilise Scribbook pour rédiger les manuscrits de mes romans. Avant, comme beaucoup d’écrivains en herbe, je rédigeais sous Word ou Libre Office, avec les inconvénients inhérents : lourdeur, mauvaise gestion des fichiers longs, impossibilité d’inverser différentes scènes sans faire de copier/coller hautement risqué… Alors que Scribbook entre dans sa phase de maturité (à mon sens), j’ai demandé à son créateur, Jonathan Kalfa de répondre à quelques questions et de nous dévoiler les prochaines nouveautés.

Un logiciel ou une application d’écriture, à quoi ça sert ?

Un logiciel ou une application d’écriture est un programme ou d’un site qui permet d’écrire (haha, jusque là ça va). On peut se contenter d’un traitement de texte plus ou moins basique : Word, Libre Office, Pages (sur Mac) ou même Google Docs et il y a des auteur·rices qui s’en accommodent très bien.

Pour ma part, j’ai donc commencé avec Word, puis Libre Office, mais j’ai vite cherché un autre outil plus pratique pour gérer des textes longs. Ceux qui ont déjà scrollé leurs 500 pages de manuscrit à la recherche de la scène 12 pour la replacer entre la scène 5 et 6 sauront de quoi je parle ! Je voulais un logiciel qui me permette de :

  • Gérer les scènes, même si je les écris la plupart du temps de manière linéaire, dans l’ordre chronologique ;
  • Écrire de n’importe où, y compris si je ne suis pas avec mon ordinateur personnel ;
  • Exporter mon manuscrit facilement afin de travailler la mise en page ;
  • Contrôler finement mes statistiques, au-delà du nombre global de signes ou de mots (par exemple savoir que j’ai écrit xx mots aujourd’hui).

C’est ainsi que j’ai trouvé Scribbook

À l’époque de mes recherches (en 2016), il n’existait pas grand-chose sur le marché, en dehors de Scrivener, qui était (est toujours) la rolls des logiciels d’écriture. Grâce à un NaNoWriMo réussi, j’ai pu acquérir Scrivener à moitié prix et ça m’a permis de le tester. J’ai bien aimé, mais ce qui me dérangeait, c’était le côté logiciel justement, qui empêche une relative souplesse d’utilisation. Impossible d’utiliser Scrivener sans l’installer au préalable sur l’ordinateur. Et puis, finalement, c’était trop sophistiqué pour moi.

Face à ces inconvénients (très personnels, je le reconnais), j’en suis venue à Scribbook. Ce studio d’écriture en ligne est développé par Jonathan Kalfa, un collègue de l’atelier d’écriture Draftquest. Confronté aux mêmes soucis que moi, à la différence près que lui est développeur informatique, il a donc créé de toutes pièces une application d’écriture en ligne : Scribbook. Ce studio complet permet d’écrire un roman, scène après scène, chapitre après chapitre. J’ai tout de suite été conquise, car ça répondait très exactement à mon besoin (et a priori je ne suis pas la seule).

Mais d’abord, Jonathan, d’où vient le nom Scribbook ?

En toute transparence, je ne me rappelle plus à 100 % (cela fait 6 ans que le nom est choisi). Je voulais quelque chose relatif à l’écrivain et au livre, quelque chose d’accrocheur, quelque chose de « SEO friendly » eu égard au référencement Google. On cherche, on joue avec le mot pour voir comment il roule sur la langue. C’est comme chercher le titre de son nouveau livre : ce n’est pas simple mais quand on le tiens… ça fait du bien 🙂

Parlons perso : comment travailles-tu pour imaginer les développements de l’application ? Tu geekes dans ton coin ou bien tu aimes consulter d’autres personnes ?

Je m’appuie en continu sur plusieurs personnes :

1. Moi (si si c’est vrai). Car comme les utilisateurs, je suis écrivain. Enfin, j’essaie (pas la peine de chercher mes livres en ligne, il n’y en a pas). J’avais initialement commencé Scribbook uniquement pour moi. Donc c’était au gré de mes besoins. Et puis finalement, si c’était bon pour moi, ça devait sûrement l’être pour les autres 🙂

2. Ma communauté (je vous aime !) qui n’est jamais avare de bonnes idées. Je les note toutes et je vois au fil du temps ce que je peux en faire. La seule contrainte ? Ne pas transformer Scribbook en une machine chaotique. Simplicité ou rien.

3. Un ami écrivain m’aide également. Il est plus versé que moi dans la méthodologie d’écriture (@Sturm, oui c’est toi dont je parle). C’est de lui que vient 80 % du canevas du Héros !

Ce que j’utilise dans Scribbook

Le mode carte

C’est pour moi LE gros plus d’un logiciel spécialisé par rapport à un traitement de texte classique (ce mode n’est pas propre à Scribbook, d’ailleurs). Chaque fichier-scène apparaît sous forme de carte, comme un post-it, que l’on peut manipuler à loisir : déplacer, renommer, effacer… Comme je le disais, j’écris de manière assez linéaire donc je ne l’utilise pas forcément tous les jours, mais lorsque j’ai besoin de visualiser la structure de mon roman, c’est assez puissant.

Le mode sans distraction

C’est peut-être un détail pour vous, mais c’est un mode que j’utilise très régulièrement lorsque j’ai besoin de me concentrer sur mon manuscrit. Le mode sans distraction permet, comme son nom l’indique, de basculer Scribbook en plein écran. Mais surtout, on peut le paramétrer à sa guise avec des fonds d’écran inspirants ou au contraire neutre, les faire changer de temps en temps, etc. Bref, c’est un gadget indispensable, comme dirait l’autre. 🙂

Les objectifs

Dès le départ, Jonathan avait intégré des jauges pour voir les statistiques d’écriture : combien de mots par jour, par fichier, par projet, etc. Puis on a pu définir des objectifs à atteindre par projet. Pour le Nanowrimo, par exemple, où l’on doit écrire 50 000 mots en un mois, c’est super pratique de savoir où on en est.

Depuis quelques semaines, il y a du nouveau avec l’implémentation des objectifs par fichier. C’est-à-dire qu’on peut décider, pour chaque fichier, d’un nombre de mots à atteindre. Et c’est génial pour la motivation ! Au lieu de voir la barre péniblement avancer, on peut découper l’effort. C’est redoutable aussi lors d’une réécriture.

Par exemple, pour le roman 7, je me suis fixée un objectif à atteindre de 75 000 mots (j’en suis à un peu moins de 50 000). La nouvelle fonctionnalité de Scribbook m’a permis de « répartir » les 25 000 mots manquants entre la totalité des fichiers de mon manuscrit (en l’occurrence 1489 mots pour chaque scène). Je me retrouve donc avec des scènes bien remplies (voire trop) et d’autres à abonder.

Les objectifs par fichier dans Scribbok.

Cela dit, il ne faut pas prendre ces objectifs à la lettre : je me réserve le droit de laisser une scène avec plus ou moins de mots si cela se justifie. Mais ça permet d’équilibrer les scènes et surtout, de se motiver.

Le support technique en direct live ou presque

Ce qui me sidère, c’est que Scribbook est gratuit à la base et on a un service client encore plus réactif et efficace que quand on a un service payant. Je me demande comment fait Jonathan pour toujours répondre présent quand on est confronté à un bug (à part ne jamais dormir 😀 ).

Pour moi, un produit ce n’est pas que l’objet lui même mais aussi le service qui l’entoure. S’il y a bien une chose que j’ai appris avec mes années de boîte, c’est que l’écoute de l’utilisateur est aussi importante que le développement en lui-même.

Tout mail, toute question, doit avoir une réponse, même par un « je ne sais pas ». Politique de transparence 100 %. Après pour la réactivité, c’est plus un état d’esprit : ne pas laisser traîner les choses ! Beurk !

Après effectivement, Scribbook n’est pas mon activité principale : j’ai un travail à côté. Aussi il peut m’arriver de juste répondre que je creuserai le point le soir ou dans la semaine (en fonction de la gravité si cela concerne un bug). Mais le mot d’ordre c’est « qualité » et « transparence ». Les bugs existent dans TOUTES les applications. Parfois le seul critère de l’utilisateur ce ne sont pas les fonctionnalités, mais comment le support réagit à ses problématiques.

Et sur la question du support, pour l’avoir maintes et maintes fois testé, nul doute que Jonathan a la palme d’or. #respect 🙂

Ce que je n’utilise pas (mais qui est super pratique)

Les fiches personnages et la documentation

Dans mes romans, j’ai peu de personnages, je n’ai donc pas vraiment besoin. Pour la documentation, c’est pareil, je travaille à l’ancienne avec des carnets de notes. Cela dit, les modules Personnages, lieux et documentation sont super pratiques si vous êtes des fanas des fiches personnages très élaborées ou si vous avez trente douze mille personnages à gérer dans un roman de fantasy ou de SFFF.

Dans le module de documentation, on peut stocker des urls de sites de références, des morceaux de textes, des images, etc… Si l’on veut tout centraliser dans Scribbook pour avoir toute sa doc sous la main (ou plutôt sous le clavier), c’est topissime.

La gamification

Jonathan a imaginé un tas d’outils pour inciter à l’écriture. C’est souvent le gros problème des écrivains débutants : on n’ose pas commencer, on a peur, on flanche. Les objectifs, les récompenses et les concours sont une forme de motivation et c’est donc très utile. Par exemple, le canevas ascensionnel abonde l’objectif en fonction du nombre de mots écrits par jour : plus vous écrivez, plus l’objectif grimpe !

Pour ma part, je n’utilise que le canevas du Nanowrimo.

Le mode Premium

Comme tout produit, il faut un modèle économique. Jonathan a commencé le développement de Scribbook de manière totalement bénévole et l’a partagé avec d’autres utilisateurs. Il fallait bien, à un moment, qu’il puisse rémunérer le temps passé. Le mode Premium a été mis en place pour cela, mais l’objectif de Jonathan était de laisser l’essence de Scribbook en accès gratuit (c’est-à-dire qu’on n’aie pas besoin de payer pour écrire). Le Premium apporte donc des fonctionnalités complémentaires : la vitrine auteur, la sauvegarde sur les nuages, des fiches personnages plus élaborées…

Pour ma part, j’avoue, je souscris au mode Premium uniquement par principe pour soutenir Jonathan, car le fait est que je n’utilise quasiment pas les options proposées. 😀 La base gratuite me suffit (et je pense qu’elle continuera à me suffire).

Dans le Premium, on a une vitrine auteur, quel est l’intérêt pour un auteur de faire de la publicité auprès d’autres auteurs ?

En fait tout dépend de ce que l’on veut mettre dans sa vitrine. C’est d’ailleurs ce qui fait que la cible « auteur » pour un auteur est intéressante. Si l’on a un blog d’écriture par exemple : qui mieux qu’un autre auteur pour en profiter ? La mise en avant d’un article sur des techniques d’écriture sera en toute logique bien reçue par quelqu’un qui peut se servir de ce savoir.

Plus basiquement, si l’on veut faire de la publicité de son nouveau bébé de 250 pages, ne dit-on pas qu’il faut lire avant d’écrire ? Un auteur est un lecteur en puissance. Je dirais même qu’un auteur consomme souvent plus de livres que le lecteur lambda.

Même pour l’utilisateur non-premium, je trouve ce concept de vitrine qualitative plus sensé qu’une « publicité google pour un aspirateur » alors que je suis en train de faire le plan de mon nouveau livre 😉 .

N’oublions pas que l’utilisateur non-premium peut fermer cette vitrine et ne la voit pas en mode sans distraction. Ça ne lui est pas imposé et n’étant pas agressé, je pense qu’il est plus réceptif/accueillant vis à vis de son contenu.

Qu’est-ce qui a motivé le choix de proposer une sauvegarde export sur un cloud (Dropbox ou Google Drive) ?

Bonne question ! Scribbook sauvegarde déjà à distance sur ses propres serveurs. On peut donc considérer avoir déjà mis « dans le cloud » avec la sauvegarde classique (et redondée) de Scribbook. Pourtant la sauvegarde externe répond bien à un double besoin :

1. Versionner : Dans le processus d’écriture et de réécriture, il est parfois (souvent) intéressant de confronter différente version du même projet. Le « versioning » permet de garder des images à date fixe de vos projets.

2. Rassurer : Même si en plus de 5 ans d’existence Scribbook n’a eu que très peu de off ou de problèmes (n’est ce pas Lynda ? #jeconfirme), la confiance de certaines personnes dans des infrastructures de sociétés qui ne sont pas de grand nom est limitée.

La base de Scribbook est redondée et cryptée, mais ce n’est pas Facebook ou Google. Certains utilisateurs me demandent carrément avant de s’inscrire : pouvez vous me rassurer : Scribbook ne va pas disparaître dans un an et mes textes avec ?

Alors, non ! Scribbook est là pour durer ! Mais au moins maintenant, si on ne me croit pas sur parole, on peut programmer une sauvegarde automatique hebdomadaire vers son cloud favori 😉

Quels sont les prochains développements que tu prévoies (Premium ou non) ?

Actuellement je travaille sur un sujet « pour tous » et un sujet « premium ». Mais je suis désolé, c’est top secret. Avant, j’annonçais clairement mon planning de développement à tous. Ça fonctionnait quand on était à 1000 utilisateurs et pas de concurrents sérieux.

Aujourd’hui, on en est à plus de 15000 inscrits (bientôt 16), et c’est toujours délicats de faire rêver autant de gens et surtout les décevoir, si au final on change de sujet en cours de route. Idem, quand on décrit un nouveau développement par le menu, parfois avec des screenshots, mais que l’on met du temps à le développer : c’est du pain bénie pour la concurrence 🙂

Voici toutefois une liste non exhaustive et non priorisée des sujets à venir (premium et pour tous) :

– Générateur de goodies imprimables tirés de votre projet ;

– Compagnon mobile Scribbook ;

– Dictée vocale (en ligne le 14 mai) ;

– MindMap ;

– Timeline ;

– Sas de bêta lecture

– etc.

Dernière question : comment vois-tu Scribbook dans 5 ans ?

Allez, un peu de rêve : 50 000 utilisateurs, 500 premium inscrits avec abonnement mensuel qui me permettent de vivre de Scribbook et donc d’être là à 200 % développant à gogo pour tous :-).

Pour l’application elle-même : tout ce qui est dans la liste précédente aura été développé. J’organiserai un concours annuel reconnu d’écriture avec jury et édition à clé.

Que c’est bon de rêver… 😀

C’est bon de rêver, mais pour l’instant, on continue à écrire. J’espère vous avoir donné quelques clés pour mieux comprendre Scribbook. Après tout, le mieux pour se faire une opinion soi-même, c’est de tester ! Vous ne risquez rien, puisque c’est gratuit : alors rendez-vous ici et rejoignez la communauté des Scribbookers 🙂 Merci à Jonathan d’avoir répondu à mes questions (et d’être toujours aussi réactif !). 🙏

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