La guerre de Succession, un pan méconnu de l’histoire de la Bretagne

​​Mon dernier roman, L’alliance de Penthièvre, se déroule à la fin d’un des plus longs et meurtriers des nombreux conflits qui ont émaillé l’histoire de la Bretagne. Avant d’être rattaché au royaume de France, la guerre de Succession a en effet déchiré la province. Retour sur cette guerre peu connue qui a pourtant ravagé le duché pendant 23 longues années, de 1341 à 1365.

L’enjeu est de taille : il s’agit de désigner le nouveau duc de Bretagne, en pleine de Guerre de Cent Ans. On surnomme souvent ce conflit « Guerre des deux Jeanne » parce qu’il a d’abord opposé deux femmes au tempérament de feu. Jeanne de Penthièvre (que l’on retrouve dans mon roman) est soutenue par les Français. Face à elle, Jeanne de Flandres, a l’appui des Anglais. Et la guerre ne s’arrête pas avec la mort de la seconde.

La guerre de Succession de Bretagne oppose les Blois-Penthièvre et les Montfort pendant plus de vingt ans.
(Source : Charles de Blois est fait prisonnier pendant la bataille de la Roche-Derrien en 1347 in Chroniques de Jean Froissart.)

​Une querelle de succession pour le trône ducal

En 1341, le duc de Bretagne Jean III meurt sans laisser d’héritier direct et surtout sans avoir désigné son successeur. Ils sont deux à revendiquer le trône ducal : Jeanne de Penthièvre, la nièce de Jean III, et Jean de Montfort, le demi-frère du défunt.

À cette époque, la coutume de Bretagne autorisait en effet les filles à hériter au même titre que les garçons. Jeanne de Penthièvre pouvait devenir duchesse et gouverner par l’intermédiaire de son époux, Charles de Blois. Jean de Montfort, quant à lui, se désigne pour seul héritier mâle, en s’appuyant sur la loi salique qui exclue les femmes de la succession.

Le roi de France, Philippe VI, tranche pour son neveu Charles de Blois. Il n’oublie pas que Jean de Montfort est proche du roi d’Angleterre… et qu’on est en pleine guerre de Cent Ans. Montfort conteste ce choix et entame la reconquête du duché. C’est le début de la guerre civile.

​Jeanne de Flandre, cheffe de guerre

Dès le printemps 1341, Jean de Montfort mène une « chevauchée fantastique » destinée à reprendre quelques places fortes (Rennes, Malestroit, Hennebont, Brest…). Mais le roi de France capture Montfort en décembre, malgré le soutien des petits hobereaux de Basse-Bretagne.

Son épouse, Jeanne de Flandre, prend la tête des armées. Surnommée Jeanne La Flamme, elle se retranche à Hennebont et s’allie officiellement avec Edouard III, le roi d’Angleterre. Elle envoie alors outre-Manche son fils, Jean de Montfort, afin de pouvoir continuer la lutte.

En 1345, Jean de Montfort, libéré l’année précédente, meurt à Hennebont. Jeanne de Flandre a sombré dans la folie et leur fils est encore un enfant. Le conflit s’enlise, émaillé de quelques escarmouches et de batailles sporadiques comme le Combat des Trente près de Josselin. En 1362, Jean de Montfort fils a 22 ans et est autorisé par le roi d’Angleterre à rejoindre le duché. C’est le moment où commence L’alliance de Penthièvre : Armel, le héros, accompagne Jean de Montfort junior à son retour d’Angleterre.

Le Combat des Trente, en 1351, voit s’affronter 30 chevaliers bretons et autant d’anglais dans un tournoi de chevalerie dont les partisans de Charles de Blois. Une colonne commémorant cette bataille épique subsiste toujours sur la route près de Josselin.
(Source : Octave Penguilly L’Haridon, Musée des beaux-arts de Quimper)

​Jeanne de Penthièvre et l’indépendance de la Bretagne

En rentrant en Bretagne, le fils Montfort compte cependant se libérer de son encombrant tuteur anglais. Son objectif : négocier avec les Blois-Penthièvre une paix basée sur un partage de la Bretagne et de la couronne ducale. Jeanne conserverait le nord du duché tandis qu’il régnerait sur le sud.

Inflexible, Jeanne de Penthièvre campe sur ses positions, refusant que l’on touche à l’intégrité du territoire breton. Son refus relance la guerre de plus belle, jusqu’en 1364. Le 29 septembre, Charles de Blois est tué lors de la bataille d’Auray, annihilant du même coup les prétentions de Jeanne au trône ducal. Eh oui, on est quand même au XIVe siècle et bien que la Bretagne soit en avance sur son temps, une femme ne peut gouverner sans un mari. Bon… 🙄.

La bataille d’Auray marque la fin de la guerre de succession de Bretagne, en 1365.
(Source : Miniature issue des Chroniques de Jean Froissart, Bibliothèque nationale de France).

Le traité de Guérande en 1365 proclame Jean de Montfort comme duc de Bretagne sous le titre de Jean IV, tout en préservant la veuve de Blois. Jeanne conserve en effet son apanage de Penthièvre et sa vicomté de Limoges, ainsi que son titre de duchesse de Bretagne. Surtout, elle fait reconnaître qu’en cas d’absence d’héritier mâle du côté des Montfort, le duché repassera aux Penthièvre. L’histoire de la succession ducale est donc loin d’être terminée !

La guerre de succession de Bretagne marque une étape importante dans l’histoire du duché, car le traité de Guérande établit la loi successorale pour les décennies à venir. Terriblement dévastatrice, elle ne constitue pour les rois de France et d’Angleterre qu’un champ d’opérations supplémentaire de la Guerre de Cent Ans. Après 1365, Jean IV s’attachera à développer une administration moderne et à ramener la prospérité dans le duché. Et si vous voulez plonger dans l’évocation de cet épisode méconnu de l’histoire, je vous invite à retrouver Armel et Pénélope dans mon roman L’alliance de Penthièvre !

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