Roman historique : faut-il donner ses références ?

J’ai croisé cette question au détour d’une discussion sur un réseau social, il y a quelques semaines : faut-il donner ses références ou une bibliographie lorsqu’on écrit un roman historique ? Je me suis demandé pourquoi cette question. Pour moi, il est évident de donner le maximum de références dans mes romans historiques. Je vous explique pourquoi dans ce billet.

Le roman historique : une histoire dans l’Histoire

Un roman historique raconte l’histoire, réelle ou factice, d’un personnage, réel ou imaginé, dans une période passée. À partir de là, toutes les extrapolations sont possibles. Cependant, la plupart du temps, vous allez vous appuyer sur des sources historiques, plus ou moins nombreuses en fonction de l’époque concernée.

La documentation est donc essentielle pour ne pas faire d’anachronismes flagrants, évidemment. Chose à laquelle on pense moins : le fait d’interpréter avec notre œil contemporain des faits ou des comportements d’une autre époque. Exemple classique dans ma saga des Lumières : l’esclavage est considéré par la plupart des gens du XVIIIe siècle comme normal, même si certains trouvent ça injuste.

Les historiens ont aussi leurs propres parti-pris : les biographies de Robespierre ou de Louis XVI, pour ce que j’en sais, peuvent être diamétralement opposées sur l’interprétation des actes ou des faits, même si les faits restent les mêmes. S’il est indiscutable que Robespierre n’a pas participé au 10-août, personne n’est capable de dire pour quelle raison et même si c’était volontaire !

C’est pour toutes ces raisons que j’aime proposer, à la fin de mes romans historiques, une bibliographie des ouvrages que j’ai consultés pour écrire le roman. Cela permet au lecteur qui veut aller plus loin de le consulter, s’il le souhaite, mais cela donne aussi une certaine « caution » sur la conformité historique.

La bibliographie du Sang des Lumières.

Un roman historique ne réécrit pas l’Histoire

C’est tentant d’utiliser son statut de romancier, mais en général, on ne réécrit pas l’Histoire. Sauf si c’est une uchronie, auquel cas c’est la loi du genre : l’uchronie consiste à décrire ce qui se serait passé si un événement historique n’avait pas eu lieu. C’est le parti-pris qu’adopte Eric-Emmanuel Schmitt dans La Part de l’Autre : et si Hitler n’avait pas été recalé à l’école des Beaux-Arts de Vienne en 1908 ?

En dehors des uchronies, les lecteurs vous seront gré de ne pas (trop) prendre de libertés avec l’Histoire. Ils ne vous feront pas un procès en révision, mais simplement votre roman manquera de crédibilité (et ça, ça ne pardonne pas). Lorsque, pour ma part, je m’éloigne un peu de la réalité historique pour les besoins du roman, je le signale en note, pour deux raisons :

  • je montre au lecteur que c’est tout à fait délibéré 😊;
  • je rétablis la vérité, pour sa gouverne personnelle.
Une des libertés avec l’histoire prise dans Le Sang des Lumières.

Et les personnages historiques, alors ?

Lorsqu’on me demande si l’auteur a le droit d’inventer une vie à un personnage historique réel, j’ai coutume de répondre que tout dépend des sources. La liberté du romancier, c’est de s’engouffrer dans les failles documentaires pour y laisser s’exprimer son imagination.

Par exemple, dans Le Sang des Lumières, j’ai exploité le flou subsistant autour de l’histoire d’amour entre Robespierre et la fille de son logeur pour l’imaginer à ma sauce (sans spoiler 😁). Pour Beaumarchais, j’ai gardé l’essentiel de sa biographie et de son caractère, pour le reste, j’ai inventé !

J’applique cette logique à tous mes romans historiques, y compris pour ma romance historique parue chez Harlequin. J’aime l’idée que les lecteurs de mes livres « apprennent » quelque chose en me lisant. C’est d’ailleurs ce qui me plait le plus dans l’écriture de romans historiques : le fait de transmettre un savoir, sans avoir l’air d’enseigner quelque chose. Quand un lecteur me dit qu’il a toujours détesté l’histoire à l’école, mais qu’il s’est régalé en lisant Le Vent des Lumières ou la suite, je suis ravie !

Et vous, vous proposez des bibliographies à la fin de vos romans, historiques ou non ? Vous aimez quand un auteur prend des libertés avec l’Histoire ?

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