5 anecdotes sur Guerlédan et mon roman

— Publié dans

Mon huitième roman, La dernière éclusière de Guerlédan, est paru en 2022. Il entrecroise la trajectoire d’une jeune femme sur la piste de l’histoire de sa famille avec celle de son arrière-grand-mère. En toile de fond, la transformation de la vallée de Guerlédan, en Bretagne, en immense lac artificiel pour une usine hydro-électrique. Je vous dévoile 5 anecdotes sur Guerlédan et l’écriture de ce roman !

La première idée a été soumise à une maison d’édition

Lorsque j’ai commencé à réfléchir à l’écriture de ce roman, c’était dans l’optique de le proposer à une maison d’édition. À l’époque, mon agent littéraire Andrea (de Librinova) avait parlé de moi à une éditrice qui avait lu Les Ombres de Brocéliande. Elle avait reconnu les qualités de ce roman, mais le petit côté fantastique ne collait pas avec la ligne éditoriale.

Je lui avais donc soumis le synopsis d’Un pont sur l’eau trouble, mais, là encore, l’histoire ne correspondait pas avec ce qu’elle recherchait. Elle s’attachait plutôt aux destins de femmes, aux fresques familiales sur plusieurs générations, à la petite histoire qui éclaire la grande.

Je lui ai répondu que j’avais une autre idée pour le roman suivant (celui sur Guerlédan, donc) : m’appuyer sur l’histoire du barrage pour évoquer l’histoire parallèle de deux femmes, à un siècle d’écart. La première vit l’assèchement de la vallée en 2015 et découvre la vie de la seconde, qui, elle, a vécu l’engloutissement de son village lors de la construction du barrage.

Sa réponse n’a pas traîné : « cette deuxième idée correspond mieux à notre ADN, reparlons-en le moment venu ! ». J’étais enchantée 😍. Sauf que l’histoire n’a pas eu de suite, car l’éditrice en question, lorsque j’ai commencé à travailler sur Guerlédan, avait quitté la maison (et cette dernière changé quelque peu de ligne édito).

Je suis allée 2 fois au fond du lac asséché

Vous savez (ou pas !) que les lieux ont une grande importance pour moi. C’est souvent ce qui sert de point de départ pour inventer une histoire. Ici, l’envie de parler de Guerlédan est très lointaine. Lors de l’avant-dernier assec du barrage, j’avais 10 ans et j’avais vu des images à la télé ou dans les journées de ces paysages lunaires émergeant de l’eau.

Déjà, à l’époque, je me souviens avoir été profondément marquée par le destin des habitants. Mon esprit d’enfant se demandait : « Mais où sont allé vivre ces gens dont la maison a été engloutie ? Ont-ils eu le temps de déménager ? ».

À l’annonce de l’assec suivant en 2015, cela faisait 30 ans depuis le dernier et je me suis jurée de prendre le temps d’aller voir ça « en vrai ». Je m’y suis rendue une première fois à la toute fin de la vidange, en mai (les lieux n’étaient même pas encore ouverts au public). La seconde fois, c’était en août et le paysage avait déjà changé : la végétation avait repris ses droits, en quelques mois seulement ! On avait l’impression qu’il suffirait de quelques années pour que la vallée redevienne comme avant (je vous parle plus longuement de cette visite, avec des photos, ici).

Deux choses m’avaient énormément émue :

  • la silhouette figée des arbres et des maisons fossilisés par leur long séjour dans l’eau, comme un incendie, sauf que les poutres et les pierres étaient presque intacts, y compris les graffitis gravés en 1985 et avant…
  • le Blavet, la rivière qui coulait dans la vallée, a retrouvé son lit naturel instantanément, comme si le fait d’avoir été englouti pendant 30 ans n’avait rien changé et qu’elle savait quel chemin elle devait emprunter.

Il n’y aura (normalement) plus d’assec de la vallée de Guerlédan

La vidange de 2015 avait déjà été décidée à titre plus ou moins exceptionnel, car dès 1985 les ingénieurs avaient fait en sorte qu’on puisse inspecter les parois du barrage sans vider complètement le lac. Elle s’était néanmoins révélée nécessaire pour solidifier la base du barrage.

Pour autant, les avancées technologiques actuelles ont permis aux ingénieurs de mettre en place des dispositifs permettant les futures interventions sans vidange. De sorte que cet assec de 2015 était sans doute le dernier pour le lac de Guerlédan.

L’ingénieur à l’origine du barrage, Auguste Leson (qui devient Lanson dans mon roman), a préconisé d’effectuer des vidanges totales de contrôle et de maintenance tous les dix ans après la mise en eau, en 1929. En réalité, la guerre décale le premier assec, qui aurait dû avoir lieu en 1939, l’armée allemande occupant le site. Il faut attendre 1951 pour la première vidange, suivie par d’autres en 1966, 1975 et 1985. Le dernier assec a lieu trente ans plus tard, d’avril à novembre 2015.

Le poème en ouverture du roman a été écrit à partir d’une oeuvre d’art

Pour terminer ces 5 anecdotes sur Guerlédan, en 2017, j’ai été invitée à participer à une initiative originale. Les auteurs devaient composer un texte à partir d’une oeuvre plastique. Les plasticiens, quant à eux, devaient imaginer une oeuvre plastique à partir de la couverture et le titre d’un de nos livres.

Le tableau de Daniel Perdriau, « Émergence 2 », m’a fait penser aux arbres fossilisés émergeant de l’eau lors de l’assec. J’ai composé un poème, sans savoir qu’un jour cette idée donnerait un roman.

5 anecdotes guerlédan

Comme des ombres, d’abord les arbres.
Sans feuilles.
Noircis, pétrifiés à jamais dans leur linceul liquide.
Le niveau de l’eau baisse, lentement, comme un sablier géant égrène le temps.
Des mois pour se vider, patiemment, centimètre après centimètre.
Le silence a envahi la vallée.
Peu à peu, les toits éventrés apparaissent.
Des murs centenaires presque pas abîmés par le temps.
Coques de bateaux à peine rongées.
Des écluses oubliées sur le Blavet qui, lui, se souvient des méandres de son lit.
L’eau a figé dans l’éternité un paysage d’il y a 85 ans.
Les arbres vivants sur les bords du lac admirent leurs ancêtres fossilisés.
Les souvenirs enfermés entre ces murs sans toits résonnent encore entre les pierres.
Combien de secrets dorment encore dans les vestiges engloutis du lac de Guerlédan mis à nu ?

Pour la petite histoire, trois plasticiens avaient choisi mes couvertures pour les interpréter à leur façon.

Si ces 5 anecdotes vous ont donné envie de découvrir La dernière éclusière de Guerlédan, vous pouvez acheter le livre en numérique ou en broché. Envie de lire d’abord un extrait ? Abonnez-vous à la newsletter Coulisses pour le recevoir (et ceux de tous mes autres romans).