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Le Sang des Lumières en promo en mai

Mon deuxième roman historique, Le Sang des Lumières, sera à tout petit prix en numérique pendant tout le mois de mai : 1,99 € au lieu de 3,99 €. Si vous avez aimé les aventures d’Éléonore dans Le Vent des Lumières, profitez-en pour découvrir cette suite !

Ce roman s’ouvre en 1789 et raconte comment Éléonore, l’aristocrate rebelle, traverse la Révolution Française. Cette période de l’histoire m’a évidemment amenée à écrire un roman plus noir et plus sombre que Le Vent des Lumières, le premier tome. Cela dit, j’ai voulu aussi mettre en lumière les progrès qu’ont permis les révolutionnaires et montrer aussi que la vie continuait, malgré la Terreur, la guerre et les incertitudes.

pub sang des lumières résumé roman historique

La France avait changé, en un mois. Le royaume, en expirant brutalement dans le carnage des Tuileries, s’était transformé en République sans pour autant changer les sujets en citoyens.

Chapitre 19.

Comme dans le premier tome, Éléonore côtoie aussi des grands noms, comme La Fayette ou Robespierre. Elle assistera aux grands événements de cette période : la prise de la Bastille, la chute des Tuileries, la mort du roi… et certains d’entre eux bouleverseront même toute son existence. Je n’ai pas épargné mon héroïne, mais rassurez-vous, elle reste Éléonore jusqu’au bout : têtue, audacieuse et indisciplinée… 🙂

La Révolution était passée là-dessus comme une tempête infernale, détruisant tout sur son passage, les vies comme les maisons, les illusions comme les espoirs, décimant des familles entières et jusqu’aux bases même de la société. De ce champ de ruines, on relevait péniblement de quoi bâtir un monde nouveau, en oubliant que les hommes seraient toujours des hommes, pétris de défauts et d’incohérences, avides de pouvoir et d’argent.

Chapitre 35.
robe de bal abandonnée sur un canapé

Pour vous mettre l’eau à la bouche, je vous propose de télécharger les dix premiers chapitres de ce roman en consultant ce billet. Si vous vous posez la question, on peut lire Le Sang des Lumières sans avoir lu Le Vent des Lumières 🙂

Vous êtes convaincus, rendez-vous ici pour acheter votre exemplaire en numérique ! Bonne lecture à tous 🙂

À quoi sert un agent littéraire ?

L’une de mes sucreries d’auteur, avec la phrase « mon éditeur pense que… », c’est de pouvoir dire « j’en ai parlé avec mon agent » 🙂 . Parce que, oui, j’ai un agent littéraire, comme les grandes stars. Sauf qu’en l’occurrence, il ne s’agit pas de snobisme. L’agent littéraire a un rôle bien particulier et je suis bien contente, après quelques années, d’être accompagnée. Vous vous posez peut-être la question de son utilité ? Je vous explique tout !

Dès mes débuts en auto-édition, en 2015, je visais l’édition classique. Pour moi, l’auto-édition était un moyen de vérifier que mes romans avaient un public et étaient susceptibles d’intéresser une maison d’édition. En intégrant la plateforme Librinova, dont l’un des objectifs était justement de faire une passerelle entre auto-édition et édition classique, je ne pouvais être que chez moi !

Lynda Etoile Librinova
Au salon Livre Paris en 2017, sur le stand de Librinova.

Quel est son rôle ?

En 2016, Le Vent des Lumières, mon premier roman historique, a dépassé le seuil des 1000 exemplaires vendus et j’ai donc pu bénéficier du programme d’agent littéraire de Librinova, en la personne d’Andrea Field. Son rôle est de me représenter auprès des éditeurs et de faire le lien entre moi et eux. Concrètement, cela consiste notamment en :

  • cibler les maisons d’édition pertinentes en fonction de mon manuscrit ;
  • contacter les éditeurs choisis et les inciter à lire mon roman ;
  • les relancer (plusieurs fois…) ;
  • négocier avec l’éditeur un contrat favorable à l’auteur ;
  • s’assurer que l’éditeur fait bien tout ce qu’il faut pour que l’auteur perçoive ses droits d’auteur (en temps et en heure…) ;
  • intervenir en cas de litige entre l’auteur et l’éditeur (eh oui, ça arrive).

En gros, et pour caricaturer, Andrea fait tout le boulot qui déplaît souvent le plus à l’auteur, à savoir le démarchage, la contractualisation et les litiges. Alors, certes, on peut faire tout ça soi-même. Mais l’agent littéraire a des atouts de taille dans sa poche pour faire tout ça bien mieux que nous pourrions le faire, avec toute notre bonne volonté.

Quels sont ses atouts ?

Son expérience

Un agent littéraire a, en général, quelques années de bouteille derrière lui (et je ne parle pas d’alcool ! 🙂 ). Il peut avoir été directeur·rice de collection chez un éditeur, voire lui-même éditeur·rice. En tout cas, la plupart d’entre eux connaissent le milieu de l’édition sur le bout des doigts. Ils savent en décrypter les arcanes, les pièges, savent traduire les accords à demi-mots. Ils maîtrisent la réalité du marché grâce à une veille constante et peuvent donc à la fois surfer sur les tendances et négocier au plus serré des contrats.

Là où un auteur débutant sauterait au plafond en décrochant 5% de droits d’auteur et un à-valoir de 1000€, un agent littéraire va savoir négocier un 8% voire 10% et un à-valoir de 3000€. Sans Andrea, déjà je ne pense pas que j’aurais eu un contrat d’édition, mais en plus je n’aurais jamais osé en négocier les termes (pensez-vous, déjà un éditeur daigne s’intéresser à mon manuscrit !).

Signature de mon premier contrat d’édition, en 2016.

Son réseau

C’est le deuxième atout de l’agent littéraire : il connait du monde. Puisqu’il est issu du milieu (ça fait un peu mafia comme ça…), il sait qui contacter, il sait qui fait quoi, qui publie quel type de roman… Or, la grosse erreur que fait un auteur débutant, en général, c’est d’envoyer son manuscrit au petit bonheur la chance, sans savoir si la ligne éditoriale de l’éditeur correspond à son roman. Quand il cible le bon éditeur, l’auteur débutant envoie son manuscrit par la poste, qui a de grandes chances d’atterrir sur le bureau du stagiaire estival chargé de parcourir les centaines de manuscrits arrivants chaque semaine…

L’agent littéraire, lui, n’envoie pas le roman à n’importe qui, mais au directeur de collection qui publie exactement le même genre de manuscrit que le mien. D’ailleurs, Andrea a bu un café avec lui l’avant-veille et il lui a glissé deux mots du manuscrit en question, ce qui a titillé l’oreille de l’éditeur. Mon roman va donc arriver sur le bureau, non pas du stagiaire, mais du directeur de collection, avec un a-priori favorable, parce que sa curiosité est déjà éveillée. Attention, ça n’est pas une garantie de succès : quelquefois ça marche, d’autres fois non.

Son détachement de l’oeuvre

C’est un paramètre important : mon agent littéraire croit évidemment en mon texte (sinon il ne le défendrait pas !), mais il n’a pas un rapport affectif avec lui. Il va très bien gérer un refus de la part d’un éditeur, il ne va pas se vexer parce que l’un aura répondu que c’est nul. Ce n’est pas son texte. Alors, bien sûr, Andrea me rapportera ensuite que tel éditeur a eu un retour négatif, mais elle ne s’étendra pas forcément dessus (sauf si je la harcèle !).

Cela peut paraître contradictoire, mais l’auteur n’est pas forcément le mieux placé pour défendre son texte auprès d’un éditeur. Il est souvent trop mené par l’affect et ne saura pas écouter ce que l’éditeur pourra lui dire, par exemple pour améliorer son manuscrit. L’agent littéraire est là aussi pour désamorcer des tensions qui peuvent surgir entre l’éditeur et l’auteur, notamment si d’importantes modifications sont demandées.

Que cela m’apporte-t-il ?

Je n’ai jamais regretté le fait d’être représentée par un agent littéraire depuis que je navigue dans l’auto-édition et l’édition. Cela m’apporte d’abord une grande sérénité et ensuite beaucoup de soutien.

Je peux me concentrer sur l’écriture

Souvent, en auto-édition, on regrette de devoir faire un tas d’autres choses qu’écrire. On joue de multiples rôles : maquettiste, correcteur, commercial, diffuseur… Grâce à Andrea, je n’ai plus à me soucier de démarcher les maisons d’éditions, puisqu’elle le fait pour moi. Elle s’occupe aussi de relancer l’éditeur s’il a oublié de me payer (d’ailleurs, souvent, elle y pense à ma place !). Elle gère la situation si l’éditeur ne respecte pas les clauses du contrat (comme assurer une présence suffisante en librairie de mon manuscrit). Tout ce temps qu’elle me fait gagner, je peux le consacrer à ce que je sais faire : écrire.

Je ne suis pas seule

Le rôle de l’agent littéraire n’est pas qu’administratif ou commercial. Andrea est aussi là pour me conseiller et pour m’accompagner dans mon processus créatif et littéraire. Bien entendu, elle lit tous les romans qu’elle représente (sinon comment pourrait-elle en parler ?). Parfois, elle va me conseiller sur l’écriture même : par exemple, c’est elle qui m’a suggéré de réécrire Petite Mouette, afin de l’étoffer et de lui donner de la chair. Non seulement pour être défendable plus facilement auprès d’un éditeur, mais aussi parce que le manuscrit le méritait.

Le lancement le plus fulgurant de ma carrière : Petite Mouette atteint les 1000 exemplaires en cinq mois.

Elle a aussi relu des synopsis que nous avons proposé à des éditeurs pour des romans inédits, elle m’a guidée, conseillée. C’est toujours moi qui ait le dernier mot, car elle ne décide jamais à ma place, mais sa connaissance du milieu de l’édition est un atout précieux pour m’aider à prendre la bonne décision.

Enfin, elle assure aussi lorsque ça ne se passe pas bien ou pas comme on le souhaiterait. Andrea ne va pas hésiter à envoyer des mises en demeure ou solliciter un avocat si l’éditeur ne remplit pas sa part de contrat. Moi, toute seule, je n’aurais même pas osé juste réclamer le versement de mon à-valoir…

Combien coûte un agent littéraire ?

En règle générale, l’agent littéraire est rémunéré par un pourcentage sur les droits touchés par l’auteur. Le taux varie entre 10 et 30 %, car cela dépend aussi si le roman est déjà écrit ou non. En effet, pour Harlequin, par exemple, Andrea a « vendu » ma capacité à écrire une romance historique et non un texte déjà écrit.

Signature de mon deuxième contrat d’édition, en 2019, avec Harlequin pour un roman inédit à écrire.

Chez Librinova, la commission est de 20% prélevée sur le contrat d’édition lorsqu’il est signé. Le contrat est tripartite : entre l’auteur, l’éditeur et l’agent. Certes, cette commission est un « manque à gagner » sur la somme reçue par l’auteur, mais il faut faire le bon calcul : c’est du temps en moins à passer pour l’auteur et plus l’agent négocie un bon contrat pour l’auteur, plus sa commission est élevée.

Recourir à un agent littéraire a certes un coût, mais, depuis mes premiers pas dans le milieu de l’édition et de l’auto-édition, je n’ai jamais eu à regretter ce choix. Je considère Andrea comme ma conseillère à la fois juridique et littéraire. Elle intervient aussi parfois pour me remonter le moral lorsque j’ai un petit coup de mou ou qu’un éditeur est un peu difficile à suivre ! Et ça, c’est terriblement précieux. Que pensez-vous de l’agent littéraire ? Avez-vous envisagé en avoir un, si ce n’est pas déjà fait ? On en parle en commentaires ?

Ma participation à Histoires d’espoir, un recueil de nouvelles collectif solidaire

Je n’avais pas spécialement prévu de vous parler de ce recueil cette semaine, mais l’actualité m’a rattrapée. Dans le recueil Histoires d’espoir publié par Librinova le 15 avril, j’ai glissé une nouvelle que vous pouvez découvrir auprès de 19 autres histoires. Les bénéfices des ventes de ce recueil disponible en numérique seront versés aux soignants par la Fondation de France.

histoires d'espoir au profit des soignants coronavirus

Quand Andrea, mon agent littéraire de Librinova, m’a proposé de participer à ce recueil aux côtés d’autres auteurs auto-édités et passés à l’édition classique, je n’ai pas longtemps hésité. C’est ma manière d’apporter ma pierre à l’édifice et de remercier les soignants qui oeuvrent pour soigner les malades du Covid-19. Ce que j’ai surtout apprécié dans l’initiative, c’est qu’il s’agissait aussi de permettre à toutes ces personnes de s’évader par la lecture, d’oublier, le temps de quelques pages, cette terrible maladie, les morts, les angoisses. C’est aussi pour ça que j’écris des livres, que j’écris des romans.

Comment est née ma nouvelle ?

Le premier moment d’euphorie passée, le doute s’est installé : j’avais, grosso modo, quelques jours pour imaginer et écrire une nouvelle. Certes sans longueur ni thème imposés, mais le timing était quand même court. Et surtout, je n’avais aucune idée ! Je n’avais pas envie d’écrire un journal de confinement, trop classique, et je ne voulais pas tomber dans le larmoyant ni être en décalage.

Comme à mon habitude lorsque je sèche un peu (et aussi compte tenu de l’urgence), j’ai discuté avec ma Croupigraphiste en chef, par messagerie interposée, confinement oblige ! Nous voila parties à brainstormer dans tous les sens (ce qui est un pléonasme, quand on brainstorme on part forcément dans tous les sens).

J’ai saisi une idée au bond, qui me parlait. Je suis romancière et dans chacun de mes romans, il y a une histoire d’amour. J’avais donc envie d’écrire une histoire d’amour. Tiens, des voisins empêchés dans leur histoire à cause du confinement. C’est bateau, mais si on creusait ? De fil en aiguille, j’ai surjeté mon scénario, puis j’ai décidé d’adopter une forme pas courante puisque j’ai choisi de raconter l’histoire sous forme d’échanges épistolaires.

Hop, c’était parti. Ainsi est née « Romance à l’ancienne« , qui fut écrite en une journée.

Vous voulez lire le début ?

Bon, d’accord, je vous dévoile le début, mais c’est bien parce que c’est vous. La seule condition, c’est de me promettre d’aller acheter aussitôt le recueil : 2,99 €, c’est un tout petit prix ! Le recueil n’est disponible qu’en numérique, mais vous pouvez le lire très facilement sur votre tablette, votre téléphone ou votre ordinateur en téléchargeant une application de lecture d’ebook. Je compte sur vous !

Romance à l’ancienne

28 mars 2020, 8 h 50

« Dans un grain de sable voir un monde,
Et dans chaque fleur des champs le Paradis.
Faire tenir l’infini dans la paume de la main,
Et l’Éternité dans une heure. »
William Blake.

28 mars, 10 h 45

Monsieur,
Marie m’a indiqué que vous étiez l’auteur de ce billet anonyme déposé sur le plateau de mon petit-déjeuner et que je pouvais vous répondre par le même biais. J’ignorais que j’avais un amateur de poésie pour voisin ! Merci pour ces quelques vers qui, en plus d’être magnifiques, sont calligraphiés avec art.
Bien cordialement,
Madame C.

28 mars, 12 h 30

Chère Madame C.,
Je profite du plateau du déjeuner pour vous répondre à mon tour. Je suis bien content que mon billet ne vous ait pas importunée. Merci pour vos compliments sur mon écriture, il est vrai que la calligraphie est un art qui se perd…
J’ose interpréter votre réponse, sous la même forme que la mienne, comme un encouragement à poursuivre ce début de correspondance ?
Eustache B.

28 mars, 14 heures

Monsieur B.,
Le mot même de correspondance me semble bien suranné aujourd’hui ! Les gens du vingt et unième siècle n’écrivent plus, ou alors pour des textos ou des messages électroniques. Recevoir une lettre manuscrite, c’est devenu si rare, si inédit ! Votre missive venue d’un autre temps a donc aiguisé ma curiosité… Si c’était votre but, il est atteint.
Madame C.

28 mars, 15 h 30

Madame C.,
Au sortir de ma sieste quotidienne, je trouve votre mot avec la compote du goûter… J’espère que vous ne me prêtez pas de graveleuses pensées à votre encontre ! Il s’agissait surtout d’égayer quelque peu nos journées. Elles étaient déjà longues, en tout cas pour moi, mais elles promettent d’être à présent interminables avec cette claustration qui nous est imposée.
Je m’enhardis à vous demander si cette nouvelle solitude vous pèse ?
Revoici Marie pour débarrasser, je confie ces mots à notre messagère.
Eustache B.

(c) Lynda Guillemaud, 2020.

Alors, ça vous plait ?

Pour vous évader grâce à la lecture et faire une bonne action, le recueil est disponible :

Faire de l’écriture son métier

J’ai quelques amis auteur·trices qui disent souvent que, pour eux, l’écriture est un loisir ou une passion, et que s’astreindre à toute forme d’obligation tuerait leur créativité. Faire de l’écriture son métier, c’est tuer la passion ?

Quand on veut faire de l’écriture son métier, écrire devient un gagne-pain. Cela change profondément la vision de l’écriture. Pourtant, envisager l’écriture comme un travail, une profession, ce n’est pas tuer la créativité et la passion, bien au contraire.

Écrire selon l’envie ou le temps

La plupart du temps, quand on écrit pour le plaisir, l’écriture vient dans la (parfois longue) liste des loisirs : au même titre que faire du sport, se promener, lire, dessiner, jouer d’un instrument…

On écrit quand on a de l’inspiration, mais surtout quand on a le temps. Pendant les vacances, le soir, le week-end, pendant la sieste des enfants ou à la pause de midi. Quelquefois, on écrit toute la nuit ou pendant plusieurs jours, puis on n’ouvre plus son cahier ou son logiciel pendant toute une semaine.

L’écriture d’un roman peut ainsi prendre trois mois… ou vingt ans ! Je parle d’expérience, j’ai commencé Le Vent des Lumières dans les années 1990, au collège.

Faire de l’écriture une priorité

J’ai longtemps considéré moi aussi l’écriture comme un passe-temps, un loisir, une activité annexe. Depuis la publication de mon premier roman, j’ai progressivement changé mon angle de vue. D’activité accessoire, l’écriture est devenue une priorité. C’est-à-dire que je n’écris pas quand j’ai le temps (ou envie), mais je prends le temps d’écrire.

C’est une question de vision, mais ça change tout. En décidant de réserver mes soirées à l’écriture de mes romans, j’ai par exemple abandonné World of Warcraft (un jeu vidéo en ligne à l’univers super sympa, mais très (très) chronophage). Je me suis fixée des objectifs à atteindre, j’ai planifié des sessions d’écriture, j’ai défini des processus.

Une technique comme une autre pour écrire : les post-it !

Ne nous méprenons pas, je n’ai pas industrialisé mon écriture pour autant. Elle reste un plaisir. Ce n’est pas parce qu’on se fixe des objectifs ou qu’on planifie un roman qu’on tue le plaisir. Si c’est l’heure de ma session d’écriture et que l’envie n’est pas là ou que je suis fatiguée, je n’écris pas. Mais je vais lire de la documentation, réfléchir à une scène, relire et corriger. Parfois, ça va ressembler à du rêvassage en règle, de l’extérieur. En fait, à l’intérieur, ça marine et ça mûrit. L’écriture, c’est comme la vinification (ou le thé), il faut du temps pour que les saveurs se libèrent.

Au moment où j’ai décidé que non seulement j’allais faire de l’écriture une priorité, mais que j’allais essayer d’en vivre, ça changeait tout mon processus de travail. D’où la nécessité de m’organiser un minimum pour ne pas procrastiner et laisser les jours s’envoler sans avoir écrit une seule ligne. C’est à ce moment que l’écriture devient un métier, avec ses contraintes (choisies, mais contraintes quand même). De mon point de vue, ça ne tue pas la créativité. Au contraire, ça l’encadre et la stimule.

J’ai terminé mon contrat de remplacement vendredi dernier et j’expérimente ma première semaine de « liberté ». Mais je ne me considère pas au chômage ou en vacances : j’ai travaillé sur mon site, sur ma future offre de rédaction web, sur mon portfolio. J’ai aussi écris des articles et une nouvelle pour un recueil en faveur des soignants. J’expérimente ma première semaine d’écrivain à plein temps. Et je crois bien que ça me plait !

Elle s’appelle Aliénor…

Il ne s’agit pas du prénom de ma prochaine héroïne de roman, mais de la toute nouvelle collection de romance historique française d’Harlequin. Elle a été lancée mercredi (et ce n’était pas un poisson d’avril !) et c’est au sein de cette collection que ma romance sur la Bretagne médiévale va paraître.

Écrire pour Harlequin

C’est au salon Livre Paris 2019 qu’Andrea, mon agent littéraire, m’a proposé de travailler pour Harlequin. L’éditeur cherchait en effet des auteurs et autrices francophones pour construire sa nouvelle collection de romance historique française. La nouveauté ne réside pas seulement dans le choix d’auteurs français, mais surtout dans le fait que les romans se déroulent en France.

En effet, jusqu’à présent, les romances historiques prenaient place dans les pays Anglo-Saxons (question d’exotisme ?). Là, Harlequin souhaitait avoir des romances ancrées dans l’histoire de France et dans des terroirs régionaux. Évidemment, l’idée ne pouvait que me séduire ! J’ai donc dit oui et j’ai proposé un synopsis qui a eu un écho favorable de l’éditrice. Une fois le contrat signé, il ne me restait plus qu’à écrire.

Signature du contrat avec Harlequin.

Cela m’a pris quand même quelques mois, le manuscrit a été remis à mon éditrice fin 2019 pour recevoir les corrections éditoriales. Entre janvier et mars, j’ai donc procédé aux révisions : réécriture de certains passages, modifications mineures sur le texte, améliorations… Le tout est reparti chez Harlequin fin mars pour la relecture.

L’histoire de mon roman

Je vous ai déjà parlé du processus d’écriture de cette romance, un peu particulier puisqu’il s’agit d’une commande. En revanche, je ne vous ai pas dit grand chose du contenu ! Mon roman se déroule dans la deuxième moitiè du XIVe siècle, dans les années 1362-1370 exactement, en Bretagne (évidemment !).

J’avais envie depuis longtemps d’écrire une histoire qui se déroulerait au Moyen Âge. L’histoire mouvementée de la Bretagne est dans ce cas un creuset inépuisable… Je voulais remonter au temps des ducs de Bretagne, mais bien avant la célébrissime duchesse Anne. J’ai choisi l’époque de la guerre de succession de Bretagne, qu’on appelle aussi « la guerre des deux Jeanne », car elle a opposé, pendant un temps, Jeanne de Penthièvre et Jeanne de Flandres, épouse de Jean de Montfort.

Cette guerre dure vingt-trois ans et s’entremêle à la guerre de Cent ans. Le roi de France a en effet pris parti pour les Penthièvre et celui d’Angleterre, pour les Montfort. Mon roman commence dans les dernières années de la guerre. Armel est l’ami d’enfance de Jean de Montfort et a vécu la grande partie de son enfance en Angleterre. Pénélope est la pupille de Jeanne de Penthièvre, l’actuelle duchesse de Bretagne. Compte tenu de leur passé respectif, ils sont destinés à se haïr jusqu’à la fin des temps. Mais quand ils se rencontrent, dans la forêt de Suscinio, ils ignorent tous les deux qui est l’autre…

chateau fort suscinio bretagne romance médiévale
Le château de Suscinio, dans le Morbihan, théâtre de la rencontre entre Armel et Pénélope.

La collection Aliénor

Quand j’ai appris que la collection allait s’appeler Aliénor, j’ai trouvé le clin d’oeil sympathique (même s’il était involontaire !). En effet, vous ne savez peut-être pas qu’Aliénor a failli être le prénom de l’héroïne du Vent des Lumières. J’ai finalement préféré Éléonore pour ne pas trop rappeler le personnage historique (deux fois reine : de France et d’Angleterre !).

Harlequin présente cette collection ainsi : « Glissez dans les pas d’héroïnes de caractère, le temps d’une excursion dans les régions qui ont forgé notre Histoire. »

Les deux premiers volumes sont déjà en vente, en ebook et broché. Il devrait y avoir deux titres tous les deux mois. Pour ce qui concerne mon roman, le titre n’est pas encore trouvé (on cherche !) et la date de sortie n’est pas fixée, je vous tiendrais bien évidemment informés sur le blog et les réseaux. Restez connectés et surtout… restez chez vous !

[Extrait] Le confinement au temps du Vent des Lumières ;)

En ces temps de confinement, je vous offre un petit extrait du Vent des Lumières, mon premier roman historique. En 1778, Éléonore s’embarque pour les Amériques, à bord d’un navire de commerce. La traversée, à l’époque dure entre 1 et 2 mois, en fonction des vents. À bord, une centaine d’hommes sur un bâtiment d’une quarantaine de mètres de long. Bref, un confinement au grand air, mais confinement quand même !

Si vous avez envie de découvrir la suite, rendez-vous ici pour acheter (en ebook de préférence, pour éviter les livraisons) !

Une flûte à trois-mâts carrés. Ici un modèle réduit de l’Éléphant, de la Marine royale française, par Varing — Travail personnel, CC BY-SA 3.0.

Chapitre 7

Les amarres du Bordelais furent ramenées sur le pont par le dernier matelot monté à bord. Le sifflet du maître d’équipage creva le silence, précédant la voix forte du quartier-maître qui dirigeait la manœuvre de départ.

— Tout le monde au guindeau !

Quarante paires de pieds nus passèrent en trombe devant Éléonore, nichée derrière un tas de cordages, pour aller à l’avant du bateau.

— Paré à virer ! cria un matelot quand ils furent tous en place.

— Vire ! répondit en écho la voix du quartier-maître.

Le cabestan, lentement, enroula la chaîne d’ancre au rythme de la chanson de l’Irlandais qui donnait du cœur à l’ouvrage. Muette, Éléonore enregistrait mentalement chaque mouvement des marins pour les appliquer à son tour au prochain port.

— À hisser les volants !

L’ordre du quartier-maître provoqua une nouvelle galopade de pieds nus sur le pont. En un instant, les filets se remplirent d’écureuils agiles qui montaient rapidement jusqu’aux vergues. En bas, les autres avaient empoigné les lourdes cordes. Les huniers montèrent, puis le foc majestueux, se déployant comme un bel oiseau blanc qui présente ses ailes au vent. Lentement, la flûte à trois-mâts carrés du duc de Flogeac quitta alors les quais de Paimbœuf pour s’engager dans le chenal de l’estuaire de la Loire.

Le mois de septembre 1778 venait de commencer.

Sur le pont, Éléonore regardait l’avant-port s’éloigner avec un pincement au cœur. Elle demanda intérieurement pardon à tous ceux qu’elle laissait derrière elle, puis observa le bateau avec avidité, ne voulant rien perdre de son voyage.

Sur la dunette arrière, le duc de Flogeac observait la manœuvre, mains derrière le dos, auprès de M. de Guibourg, le capitaine en second qui donnait les ordres. Un peu après le lever du soleil, ils quittèrent la Loire pour s’élancer vers l’Atlantique. Éléonore exultait : la grande aventure commençait !

Elle se révéla, au fil des jours, être un excellent marin, apprenant volontiers ce qu’elle ne savait pas, y compris les chansons paillardes et les jurons. Le règlement les interdisait et punissait le contrevenant par des coups de cordes, mais on passait outre la punition, sinon l’équipage aurait eu le dos en sang en permanence. Les marins adoptèrent rapidement le nouveau matelot. Éléonore, en elle-même, se félicitait d’avoir choisi de s’embarquer. Quelle vie passionnante en comparaison de celle que lui promettait, à terre, sa condition de femme !

Les journées et les nuits s’étiraient au rythme des quarts de service, pendant lesquels se relayaient les deux bordées d’équipage. Éléonore faisait partie du tribordais – l’équipe qui occupait le tribord pour dormir. Elle se levait au petit matin, vers six heures, pour laver le pont du navire avec sa bordée, ce qui permettait en même temps à l’équipage de se laver les pieds, tous allant nu-pieds été comme hiver. Parfois, on poussait la toilette matinale plus loin et certains se rasaient même avec le couteau bien aiguisé qu’ils portaient à la ceinture.

Les joues imberbes d’Éléonore intriguaient d’ailleurs plus d’un matelot et ce fut le sujet de conversation qui prima aux poulaines, lieux d’aisance – et donc de causette. Éléonore s’intégra malgré tout facilement au reste des matelots qui la surnommaient affectueusement « le Petiot ».

Après la toilette, la cloche sonnait pour la prière. Éléonore s’étonnait de la piété de l’équipage qui écoutait, sans un bruit, l’aumônier du bord perché sur le gaillard d’avant. Le dimanche, l’équipage avait même le droit au sermon. Le dernier “amen” prononcé, on criait « vive le roi », hommage rendu avec d’autant plus d’amour qu’il annonçait aussi le déjeuner. Chaque matelot recevait des biscuits et du cidre tiède ; Éléonore avait appris depuis longtemps à en apprécier la saveur âcre et piquante mais redonnait souvent ses pintes aux mousses, en échange de quelques larcins de cuisine. Elle aurait donné cher pour avoir une tasse de ce café que les officiers devaient s’offrir !

Vers dix heures, ils dînaient, pour souper vers quatre, d’une soupe assez épaisse baptisée “mortier” et dont la composition alliait semoule, seigle, riz, haricots et huile d’olive. Parfois, le coq1 la remplaçait par une soupe au lard, du bœuf salé ou de la morue assaisonnée. Le dimanche, ils avaient droit aux bas morceaux du veau ou du mouton tués pour la table du capitaine.

Les matelots amélioraient souvent leur ordinaire en pêchant – clandestinement, bien entendu : personne ne les obligeait à crier sur les toits le produit de leur pêche ! Les bonites et autres dorades finissaient dans l’assiette des marins sans que l’écrivain du bord2 en vît la couleur.

Le matelot qu’Éléonore préférait était Petit-Pierre. Il appartenait à la classe très prisée des gabiers, ceux qui manœuvraient les voiles. Le souci majeur d’un capitaine étant de disposer du plus grand nombre possible de « vrais marins », les gabiers représentaient une sorte d’aristocratie parmi les gens de mer, car de leur habileté dépendait la capacité du bateau à manœuvrer selon les ordres.

Petit-Pierre, bien qu’accusant cinquante-quatre ans, possédait une force extraordinaire et une agilité d’écureuil. Ses yeux gris perçaient le brouillard le plus dense et il commandait son groupe de gabiers avec une fermeté sèche et sans bavures. Il semblait indéracinable, tant il était concentré sur tout ce qu’il faisait et pourtant, la soif d’apprendre et la vivacité d’Éléonore le firent s’ouvrir. Elle suivait le marin comme son ombre, apprenant à monter en quelques secondes en haut des mâts pour carguer les voiles ou bien abattre la voilure pour faire prendre le vent. Petit-Pierre, qui était aussi instruit, lui dispensa son savoir avec générosité. Éléonore s’était vite remémoré le nom des étais et des voiles et se plaisait à dire qu’elle avait un sixième sens pour sentir les grains et les coups de vent.

Le duc de Flogeac pouvait être fier de sa nouvelle recrue, qui promettait de devenir un excellent marin. L’armateur le suivait parfois des yeux, étonné de le voir partout à la fois, connaissant tout le monde sur le bateau, y compris les officiers de maistrance et jusqu’au capitaine en second qu’il assaillait de questions sur la navigation et la façon dont il déterminait sa route. Cette curiosité sans limites amusait Flogeac au plus haut point et il riait, voyant Guibourg s’empêtrer dans des explications opaques qui ne devaient pas du tout satisfaire « le Petiot ».

— Ce garçon est foncièrement étonnant, déclara-t-il à son second lorsque ce dernier réussit enfin à se débarrasser d’Éléonore. Il veut tout apprendre.

— Il est surtout fatiguant ! répondit Guibourg en s’épongeant le front. Heureusement qu’ils ne sont pas tous comme lui !

— Oui, d’ailleurs cela me chiffonne, admit Flogeac en frottant son menton. Il m’a l’air bien cultivé pour un matelot et pour quelqu’un d’aussi jeune. Ce n’est pas courant…

La nuit tomba sur le grand bateau, après le souper, donnant le signe du changement de quart. La bordée remplacée descendit au tintement de la cloche. En attendant le sommeil, les marins chantaient et discutaient au son d’un fifre et d’un pipeau. Dans un coin, trois gabiers jouaient aux dés.

— Ils jouent leur ration de cidre de demain matin, confia Petit-Pierre. Parfois, ils jouent des pois, mais jamais d’argent.

— Pourquoi ?

— Le capitaine l’interdit. Il dit que ça évite d’avoir des histoires…

Chaque marin se préparait à aller dormir, pendant que ceux qui étaient de quart s’installaient à leur poste. À cause de la guerre, on ne laissait que quelques fanaux allumés. Le bateau s’enveloppait alors dans la nuit.

Éléonore profita de sa solitude pour se rendre aux poulaines3 afin de satisfaire ses besoins naturels aussi discrètement que possible. En embarquant, elle n’avait pas vraiment réfléchi à ces petits détails, mais à force d’imagination, elle avait réussi à se tirer d’affaire sans éveiller les soupçons. Elle se réfugia ensuite sur le beaupré en imaginant ce que pouvait être l’Amérique. Après le couvre-feu, on n’entendait plus les marins, mais les bruits du bateau prenaient alors possession du silence. La lune s’était levée ce soir-là, auréolée d’un halo blanc, mais point d’étoiles. Les nuages bruns qui tapissaient le ciel ne présageaient rien de bon pour les jours à venir. Éléonore frissonna et ramena sa couverture sur elle.

Elle rattacha les manches de sa chemise sur ses poignets et pensa à Matthieu, se demandant ce qu’il était devenu. Comment avait réagi Vincent en découvrant sa fuite ? Le Bordelais avait déjà parcouru près de la moitié de la distance qui le séparait de New York. À ses moments perdus, Éléonore restait sur la dunette arrière, ou bien sur le beaupré, où la puanteur était moins sensible. Depuis le départ, l’odeur des fermes des alentours de Lorient lui paraissait finalement plus supportable, que celle dégagée par la centaine d’hommes d’équipage peu ou jamais lavés, ajoutée à celle des bêtes à poils et à plumes embarquées. Près du cabestan, le nez en l’air, elle regardait le vent gonfler les voiles du grand bateau et prenait un peu d’air pur.

Le Bordelais avait pris la route du nord et il faisait de plus en plus froid. Le soir, les matelots se réchauffaient en faisant de joyeuses veillées dans l’entrepont. Éléonore participait sans rechigner à leurs libations, remerciant à chaque fois mentalement son père qui l’avait élevée au cidre, comme tout paysan breton qui se respecte, mais qui lui avait appris aussi à boire. Elle s’arrangeait ainsi pour toujours être celui qui remplit le verre des autres, ce qui lui permettait « d’oublier » volontairement le sien… et de le faire durer plus longtemps. Même avec son teint de fille et sa silhouette menue, « le Petiot » avait ainsi acquis une réputation de bon camarade, tenait bien la chopine, tout en ayant un courage d’homme, une sagesse de vieillard et la tête bien remplie.

1 Le cuisinier du bord (l’expression est issue du néerlandais « kok » qui veut dire cuisinier, à l’époque où la Hollande régnait sur les mers).

2 L’écrivain du bord est comptable, greffier, secrétaire : il prend note de tout ce qui se passe sur le navire, afin de rendre des comptes au capitaine et aux armateurs (dépenses, recettes, équipage, avaries…).

3 Les toilettes ! Cette plate-forme située à l’avant du bateau pour permettre aux marins de manœuvrer les voiles du beaupré a un plancher à claire-voies au-dessus de la mer et faisait donc office de toilettes pour l’équipage.

5 idées pour occuper un auteur confiné

J’avais prévu un autre article cette semaine, mais je m’adapte à la situation et je vous partage 5 idées pour s’occuper pendant cette période où le mot d’ordre est #restezchezvous. Évidemment, mes idées sont orientées écriture, mais pas seulement !

Comme beaucoup d’entre vous, je suis confinée à la maison avec mes enfants pour enrayer l’épidémie de coronavirus. Ce n’est pas une situation facile et même si j’habite à deux pas de la mer, j’essaie de limiter mes sorties au minimum (c’est-à-dire les courses).

Idée n°1 : écrire 🙂

On commence par la plus évidente quand on est auteur : le confinement est l’occasion rêvée d’avoir enfin du temps pour se mettre à ce manuscrit qu’on n’a jamais eu le temps de finir ou au contraire de commencer. Si vous avez des enfants, profitez du moment où ils sont en train de travailler, de jouer ou de faire la sieste pour vous y mettre. Les miennes sont grandes donc elles me sollicitent un peu moins, mais si les vôtres sont plus petits, pourquoi pas écrire pendant qu’ils font leurs devoirs ? C’est une manière d’être ensemble et de partager une occupation commune. Bon, évidemment, il ne faut pas que vos enfants demandent de l’aide à chaque minute, sinon la concentration n’est pas optimale !

Il faut aussi composer avec l’absence d’inspiration. Marièke en a très justement parlé dans son dernier article Confinement et créativité. Paradoxalement, c’est alors qu’on a du temps pour faire quelque chose qu’un blocage se met en place, inconsciemment.

Si l’écriture est trop difficile, peut-être que vous pouvez vous concentrer sur la correction d’un manuscrit. C’est mon cas, je suis en train de corriger le manuscrit de ma romance historique pour l’envoyer à mon éditrice. C’est l’occasion aussi de faire des recherches documentaires pour un livre à venir ou d’organiser le plan d’un roman pour lequel vous avez des idées, mais pas de scénario.

Idée n°2 : Lire

L’année 2019 a été tellement occupée de millions de choses dans ma vie que je n’ai presque pas eu le temps de lire. Or, un bon écrivain est un écrivain qui lit. En 2018, j’avais réussi à lire environ un livre par semaine et j’aimerais bien reprendre un rythme semblable.

Le confinement donne l’occasion de prendre le temps d’ouvrir un livre et de se plonger dans un autre univers. Si vous avez des enfants, ça peut être aussi l’occasion de partager le moment de lecture (tout le monde lit en même temps). Ou, pourquoi pas, de raconter une histoire à voix haute si les enfants sont petits.

Mon problème à moi, c’est que mes livres sont restés… chez mes parents ! En effet, mon bureau vient tout juste terminé (j’écris cet article en regardant la mer #jesaislachance) et ma bibliothèque n’est pas encore installée. Qu’à cela ne tienne, je vais sortir ma liseuse de sa torpeur. J’ai pas mal d’ebooks en attente dessus. Si vous n’avez pas de liseuse, les applications de lecture existent pour ordinateur ou téléphone.

Ici un comparatif des liseuses du marché en 2020.

Si vous êtes à sec, de nombreux éditeurs et auteurs indépendants offrent leurs livres ou les mettent à petit prix. Le site Confinement-lecture propose une trentaine d’ebooks gratuitement et des offres spéciales sur de nombreux autres livres. Sur ce groupe Facebook, vous retrouverez toutes les offres des auteurs indépendants pendant la période de confinement. Je vous offre un de mes romans gratuitement au choix. Pour cela, une seule condition : écrivez-moi (en précisant bien votre adresse mail) ! 😉

Idée n°3 : Repenser son site Internet

J’avais inscrit ça dans ma liste de choses à faire bien avant le confinement. Mon site a maintenant quelques années et j’ai envie de lui donner un nouveau look. Surtout, j’aimerais avoir un seul site qui évoque mes deux activités : rédactrice et romancière. Les deux sont en effet pour moi étroitement liées. Ce temps de confinement va être l’occasion de me pencher sérieusement sur la refonte de mon site.

Tout cela étant subordonné à la réparation de ma ligne Internet. Parce que, oui, EN PLUS, la ligne se déconnecte intempestivement toutes les 10 mn depuis une semaine #cestpaslemoment.

Mes filles en ce moment 🙂 heureusement on a encore la 4G ! (Source)

Si vous avez un site d’auteur ou un blog, vous pouvez aussi profiter du confinement pour faire le ménage dans les articles, revoir votre thème graphique ou la structure du site. C’est aussi l’occasion de rédiger des articles d’avance si vous n’en avez pas. Si vous n’avez pas de site… c’est peut-être le moment de vous lancer !

Idée n°4 : Trier ses photos numériques

Depuis l’arrivée du numérique dans la photo, on mitraille à tout va et on sature nos disques de photos. La plupart du temps, une partie est inexploitable (flou pas artistique, sur ou sous exposition, mauvais cadrage…).

Pour ma part, quand je transfère mes photos sur mon ordinateur, j’essaie de les trier. Si ce n’est pas votre cas, prenez maintenant le temps de le faire. Parmi les bonnes photos, ne gardez que celles qui font sens : les portraits, un événement particulier, un cadrage particulièrement réussi. Aucun intérêt de garder la photo de la Tour Eiffel (sauf si votre bébé est photographié à côté), vous aurez de superbes vues sur Internet par des photographes pros. Ce site donne des conseils sur la manière d’épurer son ordinateur et notamment ses photos.

Transformez l’activité en le faisant avec vos enfants, par exemple. Ils seront sans doute ravis de revoir les photos de vacances, leurs anniversaires et autres souvenirs. Personnellement, quand on a rangé ensemble les albums photos pour déménager, on s’est payé une belle crise de fou-rire.

En parlant d’album photo, une autre occupation très utile est de créer des livres à partir de vos photos. Pour ma part, j’essaie de faire un livre-photo pour chaque année, avec les meilleures photos numériques. C’est un peu long à faire, mais on a un support papier. Je me dis que, si par malheur mes photos numériques venaient à disparaître, j’aurais toujours quelque chose qui reste. J’utilise le site Pixum qui a l’avantage de proposer un logiciel à télécharger pour créer l’album directement depuis le disque dur (sans télécharger les photos sur un serveur, ce que je trouve particulièrement fastidieux).

Idée n°5 : ne rien faire

Il y a dix mille choses à faire pour s’occuper dans une maison quand on est forcé d’y rester : faire le ménage de printemps, ranger, bricoler ces trucs qu’on a jamais le temps de faire, lancer une partie familiale de jeu de société ou un tournoi de PS4…

Mais on peut aussi profiter de ces moments pour ne rien faire. Rêvasser devant sa fenêtre ouverte et, vu qu’il n’y a presque plus de bruits dans la rue, écouter les oiseaux, le vent dans les arbres. Entendre le silence (si, si, je vous assure, quelquefois ça fait du bien). Regarder dehors, même s’il y a un immeuble ou une autre maison en face. Profiter du soleil sur son balcon, sa terrasse ou devant la fenêtre. Se poser dans son fauteuil et regarder ses enfants jouer. Ou se chamailler (après tout, on s’est tous chamaillés avec nos frères et sœurs quand on était petits et personne n’en est mort).

Évidemment, il ne s’agit pas de ne rien faire toute la journée, sinon on va vite s’ennuyer. Apprenons à nous poser. Regardons la vie autour de nous, ne serait-ce qu’en hommage à ceux qui côtoient quotidiennement la mort pour nous sauver… #RestezChezVous

Les communes, un héritage de 1789

Demain, si vous n’êtes pas au courant, c’est le premier tour des élections municipales (#jevote). J’avais envie, à cette occasion, d’évoquer la naissance des communes. On pense souvent que celles-ci ont été créées par les lois de décentralisation au XXe siècle. En réalité, les communes sont nées en décembre 1789, par la volonté des députés de l’Assemblée nationale.

Sous l’Ancien Régime, des communes inexistantes

Dès l’Antiquité, les gens ont éprouvé le besoin de se rassembler pour s’entraider, mais aussi pour se protéger mutuellement. Cependant, chaque hameau ou pâté de maisons se structurait comme il l’entendait. Souvent, on s’agglomérait autour d’un lieu au centre duquel on finissait par construire une chapelle ou une église.

Paroisse, seigneurie, communauté…

Jusqu’à la Révolution, plusieurs circonscriptions administratives coexistaient :

  • la paroisse, correspondant à la subdivision des diocèses ecclésiastiques sur lesquels le clergé percevait son impôt (la dîme) ;
  • la seigneurie, le territoire sur lequel le seigneur impose sa justice et perçoit les impôts seigneuriaux ;
  • la communauté, le champ de levée de l’impôt royal, la taille.

Evidemment, les limites de ces trois territoires ne correspondaient pas forcément entre eux, sinon ce serait trop facile. Cela dépendait des provinces, des seigneurs, de la période. Si les seigneuries ont beaucoup évolué au gré des guerres, héritages et autres ventes, les paroisses sont restées plutôt stables. Ce sont souvent elles qui vont donner naissances aux communes.

Paroisses sur la limite orientale de la Bretagne aux XIe-XIIe siècles : évolution du réseau en contexte frontalier, Jean-Claude Meuret, Presses universitaires de Rennes, 2013. Source.

Les villes, premier ersatz d’administration communale

Les villes avaient un statut encore à part, car elles se sont très vite libérées du pouvoir féodal (XIIe siècle). Souvent autonomes, elles rassemblaient de nombreuses paroisses, administrées par des structures proches de nos conseils municipaux, à ceci près qu’ils n’étaient pas élus démocratiquement. Il s’agissait plutôt des bourgeois les plus riches qui prenaient en main la gestion de la cité. On appelait ces administrateurs jurats à Bordeaux, capitouls à Toulouse, échevins dans le nord…

14 décembre 1789, l’Assemblée nationale créé les communes

La Commune de Paris, pionnière

Le 14 juillet 1789, le prévôt des marchands de Paris (le maire), est assassiné à la sortie de l’hôtel de ville. Le peuple enragé promène sa tête au bout d’une pique, à l’instar du gouverneur de la Bastille.

Aussitôt, les bourgeois s’organisent pour créer la Commune de Paris, surtout en vue de se défendre. À sa tête, ils désignent Jean-Sylvain Bailly (qui sera donc le premier maire de Paris). Deux jours plus tard, ce sont ces électeurs de la Commune de Paris qui accueillent Louis XVI.

— M. Bailly a été nommé maire de Paris, compléta La Fayette. C’est à ce titre qu’il est reçu en ce moment par le roi. Les électeurs de l’Hôtel de ville ont été enthousiastes à l’annonce de la visite du roi à l’assemblée. Cependant, ils veulent plus…

— Quoi donc ?

— Ils veulent voir le roi à Paris. Et Necker.

Éléonore garda le silence. Lorsque Bailly sortit de son entrevue avec Louis XVI, il leur annonça que le roi allait se rendre à Paris le lendemain, qu’il irait à l’Hôtel de ville accompagné par les députés et qu’il rappelait Necker au ministère.

Vue l’heure avancée de la nuit et comme le comte avait été réquisitionné par le roi pour faire partie de l’escorte l’accompagnant à Paris, Éléonore et Olivier décidèrent de rester à Versailles, usant ainsi des multiples petits appartements mis à disposition des membres de la Cour dans les étages du château. Le lendemain matin, lors de la cérémonie du lever, ils remarquèrent tout de suite que le nombre des courtisans s’était réduit.

— J’ai l’impression que les rats commencent à quitter le navire, glissa Olivier à son épouse, toujours dans son costume de chevalier.

— Vous croyez ?

— J’espère que je me trompe, mais je pense que certains craignent que ce ne soit pas qu’une révolte, mais une vraie révolution. C’est ainsi que M. de La Rochefoucault a rapporté au roi la prise de la Bastille hier matin.

Éléonore se tourna vers Louis XVI, silencieux, comme la veille. Il s’efforçait de sourire en se préparant à aller à Paris. Lorsque la délégation de députés se présenta pour l’accompagner, elle vit le roi littéralement changer d’attitude, revêtant un masque impassible sur lequel il était vain de voir une quelconque émotion. Il se soumettait à ce déplacement dans la capitale avec bonne volonté, mais la crainte continue de mal faire le poursuivait. Il savait que la moindre maladresse ruinerait tous ses efforts. Et pourtant, c’était le roi !

Le Sang des Lumières, chapitre 4.
Le roi Louis XVI se rend à l’hôtel de ville à Paris après le rappel de Necker le 17 juillet 1789, par Jean-Louis Prieur, Musée Carnavalet.

Une nouvelle organisation administrative

On apprend souvent à l’école que la Révolution a été une période de chaos. Mais si les députés ont beaucoup détruit, ils ont aussi énormément construit et organisé la France. Dans une constante recherche d’égalité, les députés ont voulu uniformiser le plus possible les choses. Leur but, que chaque Français dispose des mêmes droits quel que soit son lieu d’habitation.

Le 11 novembre 1789, l’Assemblée nationale divise ainsi le royaume en départements, eux-mêmes divisés en districts et en cantons. Le décret dit aussi qu’il y aura une municipalité dans chaque ville, bourg, paroisse ou communauté, sans aller plus loin. Un mois plus tard, le 14 décembre, une loi créé les communes, plus petite division administrative de la France. Presque toutes les communautés ou paroisses deviennent des communes. Elles sont dotées d’un conseil municipal élu par les habitants et dun maire, même si le suffrage est loin d’être universel. Le nom de commune en soi n’est imposé qu’en 1793.

Le 20 septembre 1792, la République est proclamée. La tenue des registres des naissances, mariages et décès est transférée de la sphère ecclésiastique à la commune. L’administration républicaine prend le pas sur l’organisation religieuse.

Le long chemin des communes vers l’autonomie

Les révolutionnaires ont créé les communes, mais celles-ci n’ont pas tout de suite joui de l’autonomie qu’on leur connait aujourd’hui. Napoléon, sous le Directoire, imposa le suffrage censitaire et la désignation du maire par le pouvoir central ou le préfet.

Il faudra attendre 1884 pour que le maire soit élu par les conseillers municipaux eux-mêmes. La même loi institue le suffrage universel direct pour les élections municipales. Rappelons toutefois que cet « universel » est exclusivement masculin, les femmes n’obtenant le droit de vote qu’en 1944 !

Les femmes votent pour la première fois lors du premier tour des élections municipales le 29 avril 1945. Crédits : AFP

La constitution de 1958 reconnait aux communes le statut de premier niveau d’administration territoriale. Cependant, leur gestion reste longtemps soumise au pouvoir central. En 1979, le Conseil constitutionnel reconnait le principe de libre administration des collectivités territoriales. Il acte ainsi le fait que chaque commune, département ou région est libre de ses décisions sur le territoire relevant de sa compétence.

La loi du 2 mars 1982, « relative aux droits et libertés des communes, des départements et des régions » entérine cette décentralisation, c’est à dire le transfert du pouvoir de l’État vers des collectivités. C’est le modèle que nous connaissons encore aujourd’hui, donnant à chacune des compétences bien particulières.

Voilà pour cette petite leçon d’histoire, j’espère qu’elle n’a pas été trop rébarbative ! 🙂 Et n’oubliez pas d’aller voter demain !

Éléonore est-elle féministe ?

À la veille de la journée internationale des droits des femmes, j’avais envie de revenir sur ce commentaire qui m’est souvent fait au sujet de l’héroïne du Vent et du Sang des Lumières. Culottée, indisciplinée et rebelle, Éléonore se costume en homme pour arriver à ses fins. Mais est-elle pour autant une féministe avant l’heure ?

C’est quoi, le féminisme ?

Le terme en lui-même a tendance à m’énerver, car il rime aujourd’hui trop souvent avec extrémisme (et je n’aime pas les extrêmes). À la base, il désigne un mouvement qui prône l’égalité entre les hommes et les femmes. Le mouvement va mettre plusieurs siècles à se structurer et il prend une vraie ampleur avec la revendication du droit de vote des femmes au XXe siècle.

Si la place des femmes dans la société est critiquée par certains auteurs dès la fin du Moyen-Âge (par Montaigne ou Christine de Pisan), le terme de féminisme en lui-même n’apparaît qu’au XIXe siècle et c’est Alexandre Dumas fils (l’auteur de La Dame aux camélias) qui l’écrit pour la première fois en 1872 dans son livre L’homme-femme. On attribue souvent à tort l’invention du terme à Charles Fourier, philosophe français du siècle des Lumières, mais c’est en revanche le premier à défendre l’égalité entre hommes et femmes.

Le siècle des Lumières, contrairement à ce que l’on pense, n’est pas tellement plus en avance sur la condition féminine. La femme est toujours considérée comme mineure, les philosophes eux-mêmes n’évoquent que très rarement l’égalité, y compris Rousseau et Voltaire. Il y a cependant quelques penseurs qui militent à cette époque pour les droits des femmes : parmi eux, Mary Wollstonecraft, écrivaine anglaise, le marquis de Condorcet et Olympe de Gouges.

Condorcet dans Le Vent des Lumières

Nicolas de Condorcet fait partie des proches d’Éléonore, dans Le Vent des Lumières. Il fréquente son salon et elle se lie d’amitié avec son épouse, Sophie de Grouchy. Dans une scène, il a cet échange avec mon héroïne :

— Appuyé par mon épouse, je me lance dans la bataille de l’émancipation des femmes, l’obtention des droits naturels et imprescriptibles, confia un jour Condorcet à Éléonore. Il est inconcevable de vous refuser, à vous les femmes, des droits politiques. Vous devriez avoir les mêmes droits que nous, exactement les mêmes.

— Mon ami, je ne peux que souscrire à ce constat et soutenir ce combat ! dit Éléonore en souriant. Nous ne devrions par exemple plus payer l’impôt puisque nous ne sommes légitimement assujettis qu’aux taxes qu’on a votées.

— Vous allez jusqu’à penser qu’une femme peut occuper un poste important ? demanda un des participants du salon, visiblement pas du tout convaincu par le discours du marquis.

Ce dernier toisa le questionneur comme s’il avait dit une incongruité et réfléchit une seconde.

— S’il fallait n’admettre aux places importantes que des hommes capables d’inventer, il y en aurait beaucoup de vacantes, y compris dans les académies, répondit Condorcet, déchaînant une tempête de rires. Les raisons pour lesquelles on croit devoir écarter les femmes des fonctions publiques ne peuvent être un motif pour les priver du droit de vote dont l’exercice serait si simple. Les hommes tiennent ce droit, non de leur sexe, mais de leur qualité à être raisonnable et sensible. Qualité qui leur est commune avec les femmes, sauf si je ne m’abuse…

— Mais enfin, des personnes exposées à des grossesses et à des… indispositions momentanées ne peuvent pas prétendre jouir de ces droits ! répliqua le contradicteur, enflammé.

— Ah, vraiment, monsieur ? répliqua Condorcet. Imaginez-vous donc d’en priver les hommes qui ont la goutte tous les hivers et s’enrhument aisément ?

Le Vent des Lumières, chapitre 44.
Sophie de Grouchy, marquise de Condorcet.

Dès 1787, Condorcet affirme l’égalité des hommes et des femmes et, pendant la Révolution, il défend même leur droit de vote en 1790.

Olympe de Gouges, pionnière du féminisme

De son vrai nom Marie Gouze, Olympe de Gouges est à l’origine de la célèbre Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, publiée en 1791, et milite pour que les femmes soient associées aux décisions politiques : « La femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune » est une phrase souvent citée pour résumer son engagement.

Olympe de Gouges
Olympe de Gouges.

Éléonore rencontre Olympe tout à fait par hasard à la fin du Vent des Lumières :

— Je suis ravie de vous rencontrer enfin, répéta la jeune femme avec entrain en l’aidant à grimper dans sa voiture, moins ornée que la berline d’Éléonore, mais tout aussi confortable. Depuis votre arrivée à la Cour, je suis vos exploits : vous êtes la preuve vivante que nous, les femmes, sommes tout aussi capables que les hommes de faire de la politique !

— Je me mêle pourtant peu de politique, fit Éléonore.

— Mais le roi vous fait confiance. On dit même que la reine vous a demandé votre avis pour Necker.

Éléonore fronça les sourcils. Décidément, même à Trianon, les oreilles devaient traîner jusque sous le pis des chèvres !

— Depuis des années je revendique le droit pour les femmes d’exister politiquement, soupira Olympe de Gouges en regardant par la fenêtre. Mais cette révolution-là, prendra beaucoup plus longtemps que l’autre !

— Pourtant les choses évoluent…

— Absolument pas. Combien gagez-vous que pour les États généraux, nous n’aurons pas le droit de voter ? Nous constituons la moitié du royaume et le royaume nous ignore !

Elle s’emportait, comme à chaque fois qu’elle évoquait le sujet. Éléonore sourit avec indulgence, sans pouvoir s’empêcher de penser qu’elle avait raison, hélas ! Pour élire les représentants de la nation aux États généraux, nul doute que les femmes seraient considérées comme les mendiants et les enfants : inaptes.

Le Vent des Lumières, chapitre 55.

Elle la retrouve évidemment dans Le Sang des Lumières, en lui ménageant une première (et unique) rencontre avec Robespierre. Olympe de Gouges veut faire admettre les femmes au club des Jacobins et Maximilien est sensible à la condition des femmes comme à celle des esclaves et des pauvres.

Alors, Éléonore est-elle féministe ?

Il est vrai qu’elle a des prises de positions très arrêtées sur la condition des femmes, comme dans cet échange avec son frère Matthieu, député à l’Assemblée nationale :

Éléonore secoua la tête, dubitative. Matthieu lui donnait l’impression de répéter une leçon bien apprise.

— Moui… Je regrette tout de même que les députés ne soient pas allés au bout de la logique.

— Comment cela ? s’étonna son frère. Tu trouves que ce n’est pas assez ?

— Vous avez déclaré l’égalité des citoyens, parfait… Mais les femmes, dans tout cela ? Elles conservent le droit de travailler, d’obéir et de se taire ? Et les protestants, les juifs ? Sont-ils citoyens ? Et les esclaves ? Que deviennent-ils ? Excuse-moi de doucher quelque peu ton enthousiasme, mais il me semble que cette déclaration, pour l’instant, ne fait que consacrer l’égalité dans la supériorité !

Matthieu resta coi, interloqué par la réaction de sa sœur. Il ne pouvait nier qu’elle avait raison, mais il devait aussi reconnaître que peu d’hommes, à part Condorcet ou Mirabeau, acceptaient le partage politique réclamé par certaines femmes, au premier rang desquelles Olympe de Gouges. Quant aux esclaves, si des députés des Blancs de Saint-Domingue avaient été acceptés à l’Assemblée en juin sans y avoir été invités, ils s’étaient rapidement associés pour défendre leurs intérêts au sein d’un groupe qu’on appelait « Club Massiac » et qui luttait justement contre l’abolition de l’esclavage. Éléonore eut un sourire vers son frère et posa sa main sur son bras.

Le Sang des Lumières, chapitre 5.

Le caractère même de mon héroïne permettait de lui prêter des intentions militantes. Certains lecteurs m’ont d’ailleurs « reproché » de ne pas l’avoir rendue plus vindicative, plus engagée politiquement. Mais ce n’était pas mon but et, surtout, cela aurait été quelque peu anachronique : les revendications féministes sont finalement marginales pendant la Révolution et j’ai voulu qu‘Éléonore soit « pleinement dans son temps », acceptant la place que lui confère la société, même si elle aimerait être écoutée comme un homme.

Elle n’est pas plus féministe parce que cette revendication n’est pas pensée, pas construite : elle n’a pas théorisé l’égalité femmes-hommes. En revanche, par son comportement et ses actions, elle prouve qu’une femme vaut bien un homme, que ce soit pour gérer une flotte de commerce, réfléchir ou être gabier sur une frégate !

Vous l’aurez compris, à mes yeux, Éléonore n’est pas féministe. C’est une femme qui a des idées d’hommes. 🙂 Mais libre à vous, lecteurs, de la considérer comme féministe. C’est d’ailleurs l’extrême privilège du lecteur sur l’auteur : une fois le livre publié, il ne m’appartient plus vraiment ! Et vous, qu’en pensez-vous ? Discutons-en en commentaires !

La petite histoire du Vent des Lumières

Mon premier roman historique Le Vent des Lumières sera en vente éclair sur Amazon le mardi 3 mars. Le format numérique sera à tout petit prix pendant 24h : 0,99 € au lieu de 3,99 €. À cette occasion, j’avais envie de revenir sur l’histoire de ce roman, mon premier auto-publié, mais aussi mon premier édité, mais pas mon premier écrit !

L’histoire commence au siècle dernier…

Oui, oui, vous avez bien lu : au siècle dernier ! Le personnage d’Éléonore est né dans les années 1990. J’avais 14 ou 15 ans, j’aimais déjà écrire et l’Histoire était déjà ma matière préférée à l’école (merci Janine !). A l’occasion d’une énième rediffusion à la télé, je découvre la série des Angélique par Bernard Borderie. Forcément, je kiffe Michèle Mercier et Robert Hossein, les décors, les costumes, les bateaux, les chevauchées, l’histoire d’amour, le scénario, en passant complètement à côté du côté kitsch des films (je suis une ado des années 90, hein !). J’aime tellement que 5 films c’est beaucoup trop court pour moi, je me plonge donc dans les romans d’Anne et Serge Golon.

Angélique et le roy 10 films qui m'ont marquée Lynda Guillemaud romancière
Angélique et le Roy, film de Bernard Borderie (1966), mon préféré de la série.

J’ai dévoré la saga (en 13 volumes) en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire et découvert le XVIIe siècle et le règne de Louis XIV aussi sûrement que si j’y avais vécu. Le déclic se fait : je prends la plume et commence à écrire moi aussi les aventures amoureuses d’une jeune fille bretonne mariée contre son gré à un riche seigneur. Je suis dans la fan fiction la plus totale sans le savoir 🙂 . Mon idée, déjà, est de faire comme Anne Golon et faire revivre la grande Histoire à travers la petite histoire d’un personnage fictif confronté aux grands événements de son siècle.

Le choix du 18ème siècle

La toute première version se passait elle aussi au XVIIe siècle, mais rapidement je me heurte au risque de mimétisme, voire de plagiat, notamment à cause du Roi-Soleil, figure historique incontournable que mon héroïne doit forcément côtoyer. Je décide donc de choisir une autre époque historique. Je ne sais plus comment j’en suis arrivée à la fin du XVIIIe siècle, mais peut-être bien parce que que j’étais sûre qu’avec Louis XVI il n’y avait aucune histoire d’amour possible ! 😀

Plus sérieusement, les fictions télévisées historiques étaient très à la mode dans les années 1990, notamment tournées par la réalisatrice Marion Sarraut. Je m’enthousiasme pour la série Le Gerfaut, puis La Comtesse de Charny. Toutes deux se passent au moment de la Révolution française et sont des adaptations de romans (Le Gerfaut des Brumes de Juliette Benzoni pour la première et du quatrième volume des Mémoires d’un médecin d’Alexandre Dumas père pour la seconde). Mon personnage d’Olivier sera d’ailleurs très directement inspiré de celui d’Olivier de Charny.

La comtesse de Charny et son mari dans le téléfilm de Marion Sarraut, qui m’a inspiré Olivier de La Ferrière.

Me voilà donc partie dans l’écriture de ce qui sera Le Vent des Lumières. J’ai vingt ans, j’étoffe mon scénario, je suis en fac d’histoire à Rennes et passe plus de temps à la bibliothèque universitaire à compulser des ouvrages de référence sur les Lumières qu’à potasser mes cours ! Internet n’en était qu’à ses balbutiements alors et je prenais toutes mes notes à partir de livres, voire d’obscures thèses de doctorat sur Bordeaux ou les Antilles.

Un roman qui a failli n’être jamais terminé

Début 2000, j’ai écrit environ les deux tiers de mon roman, puis la vie reprend ses droits, je laisse de côté l’écriture pour travailler, faire des enfants, m’installer. Je continue d’écrire mais en dilettante, en m’efforçant de terminer ce roman qui promet d’être aussi long que la guerre de Cent ans !

Je traverse surtout une période creuse : j’ai du mal à avancer, je manque de retour sur mon écriture et j’ai l’impression de stagner. Surtout, mon syndrome de l’imposteur envahit tout l’espace disponible après le retour très négatif, bien que bienveillant, d’un lecteur de maison d’édition rencontré sur un forum. Mon histoire n’est pas crédible, la réalité historique trop édulcorée, le scénario est parfois bancal… Je range Éléonore dans un tiroir et passe à autre chose. Enfin j’essaie.

Mes notes pour l’écriture du Vent des Lumières.

C’est sur un autre forum d’écriture qu’elle renaît, vers 2012. Suivant l’habitude du lieu, j’y publie, sous forme d’épisodes plus ou moins quotidiens, les premiers chapitres du Vent des Lumières. Un peu pour voir et avoir d’autres avis sur ma prose, en m’attendant à avoir le même type de retour négatif. Que nenni : Éléonore, au fil des pages, plait, et même plait beaucoup. On me réclame la suite, je publie les chapitres suivants. Mes lecteurs, même s’ils ne sont pas nombreux (quelques dizaines) sont dithyrambiques, jusqu’à un prof d’histoire, lui-même écrivain, qui m’adresse ses plus chaleureuses félicitations et ses plus vifs encouragements (il deviendra plus tard mon bêta-lecteur référent historique, en plus d’être un ami).

Forcée à finir 🙂

Jusqu’au jour où je publie sur le forum le dernier chapitre écrit de mon roman… mais qui est loin d’en être la fin. Consternation dans l’assistance : mes lecteurs veulent absolument savoir la fin des aventures d’Éléonore. D’accord, mais j’ai un gros problème : non seulement elle n’est pas écrite, mais surtout je ne sais même pas moi-même encore comme ça va se terminer ! Je décide alors de me replonger dans l’écriture, mais difficile de reprendre un roman qu’on a abandonné depuis plusieurs années.

L’hôtel de Béthune-Sully, où je vais poser les valises d’Éléonore à Paris.

Début 2014, l’aventure du Mooc Draftquest, un atelier d’écriture en ligne pour écrire son premier roman, tombe à pic. Grâce à David Meulemans et entourée des autres écrivains en herbe de l’atelier, je remets le pied à l’étrier (et replonge la plume dans l’encrier !). Je réinterroge mon synopsis, réécrit certains passages, finalise le scénario de la fin du roman et passe à l’écriture. Entre temps, je soumets mon manuscrit non terminé (puisque c’était possible) au concours organisé par Draftquest en partenariat avec Librinova. À la clé, pour le premier prix une publication dans la maison d’édition gérée par le créateur de Draftquest, Aux Forges de Vulcain, et un pack d’auto-édition chez Librinova pour les 4 prix suivants. ça vaut le coup de tenter, même si je me dis que je n’ai aucune chance avec mon gros pavé même pas fini.

Juin 2014. Le verdict tombe : contre toute attente (mais surtout la mienne), mon roman gagne le 2e prix du concours. Je passe à côté de l’édition en maison (mais surtout parce qu’elle ne publie pas de romans historiques), mais le jury a adoré mon Éléonore ! Là, je n’ai plus le choix : il faut que je termine ce satané roman pour pouvoir l’autopublier.

Éléonore arrive en librairie !

Cela me prendra encore un an. En août 2015, Le Vent des Lumières parait enfin en auto-édition, plus de vingt-cinq ans après avoir été commencé. Les ventes sont d’abord très timides, mais je ne m’attends pas à faire un best-seller. Fin novembre 2015, en tant que lauréate du prix, Librinova m’obtient une mise en avant sur Amazon pour une journée (une « offre éclair »). Je me souviens avoir dit à Charlotte, la directrice de Librinova : « Si je dépasse les dix exemplaires vendus, ça m’ira très bien ». Lors de la vente flash, je vends plus de 600 ebooks en une seule journée et Le Vent des Lumières atteint la barre des 1000 exemplaires avant la fin de l’année 2015.

Meilleure vente fin 2015.

Je rentre alors dans le programme agent littéraire de Librinova, grâce auquel Andrea va démarcher les éditeurs pour mon compte. Le secteur du roman historique est quelque peu bouché et les négociations sont longues. En 2017, enfin, bonne nouvelle : le directeur de City Editions a lu mon livre et il adore. Le contrat est signé, je n’en reviens pas, mon roman va reparaître chez un éditeur, un vrai, il va être distribué en librairie ! Mon syndrome de l’imposteur s’aménage un petit cabanon dans le jardin, il en a pour quelques années. Grâce à City, mon livre va être en librairie pendant quelques semaines et je vais même faire une séance de dédicaces chez Cultura, comme les vrais écrivains. En tout, je vendrais avec City un gros millier d’exemplaires brochés du livre, avant de reprendre mes droits en 2019 afin de continuer à les exploiter moi-même en auto-édition.

Le Vent des Lumières en librairie ! (photo Librinova).

Au total, à ce jour, j’ai vendu près de 4000 exemplaires de ce roman (numérique et papier) et il continue à se vendre. Les retours des lecteurs sont quasiment tous positifs (il y a toujours des gens à qui ça ne plait pas, normal) : on aime Éléonore, mais surtout on me réclame une suite. Moi qui n’avait pas vraiment envisagé de donner une suite aux aventures de mon aristocrate, me voilà à réfléchir à ce qui pourrait lui arriver pendant la Révolution... Mais ça, c’est l’histoire du Sang des Lumières !

N’oubliez pas : si vous avez envie de découvrir Le Vent des Lumières, profitez de l’offre éclair le mardi 3 mars toute la journée !

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