Les fantômes de Trégnanton

Les fantômes de Trégnanton

Daniel Perdriau Emergence2

Emergence 2 (Danie Perdriau)

Comme des ombres, d’abord les arbres.
Sans feuilles.
Noircis, pétrifiés à jamais dans leur linceul liquide.
Le niveau de l’eau baisse, lentement, comme un sablier géant égrenne le temps.
Des mois pour se vider, patiemment, centimètre après centimètre.
Le silence envahit la vallée.
Peu à peu, les toits éventrés apparaissent.
Des murs centenaires presque pas abîmés par le temps.
Des coques de bateaux à peine rongées.
Des écluses oubliées sur le Blavet qui, lui, n’a pas oublié le dessin de son lit.

L’eau a figé dans l’éternité un paysage d’il y a 85 ans.
Les arbres vivants sur les bords du lac admirent leurs ancêtres fossilisés.
Les souvenirs enfermés entre ces murs sans toit résonnent encore entre les pierres.
Combien de fantômes dorment encore dans le fond du lac de Guerlédan mis à nu ?

Ce texte est l’un de ceux que j’ai proposé pour l’exposition « Quatrième de couverture » du salon du livre de Châteaubriant en octobre dernier. Il s’agissait pour chaque auteur sélectionné d’écrire un texte court (850 signes) à partir d’un tableau que l’on choisissait.

Ce texte est donc inspiré par le tableau « Emergence 2 » de Daniel Perdriau, photographe basé à Ancenis, dont le visuel figure en début d’article. J’ai choisi cette photo car elle m’a fait aussitôt penser à l’assec du barrage de Guerlédan en 2015.

La vallée m’a toujours fascinée depuis le jour où mon père m’a raconté que pour construire le barrage, on avait inondé des maisons, des villages, des écluses, des arbres et des routes et que, à chaque fois que l’on asséchait le lac (environ tous les trente ans), les vestiges de la vallée réapparaissaient, littéralement pétrifiés, fossilisés, pour ainsi dire intacts. J’étais relativement jeune lorsqu’il a raconté ça la première fois et cette image de village inondé qui réapparait m’avait marquée.

Lors de l’avant-dernier assec, en 1985, j’avais dix ans (je ne me souviens plus si on est allé voir, mais je pense que non) et je m’étais toujours promise de ne pas rater le prochain assec, qui eut donc lieu en 2015. J’y ai emmené mes filles et je ne regrette pas, car c’est une vision particulièrement saisissante, émouvante, que celle de ce paysage figé dans le temps.

Je vous laisse avec mes photos prises lors de ma première visite (juste à la fin de la vidange, en mai) et de la deuxième (en août : c’est fou comme en trois mois, la nature reprend ses droits, même après trente ans de vide !).

 

Laisser un commentaire

Abonnez-vous à mon infolettre !

Vous voulez ne rien manquer de mon actualité ?

Avoir des extraits gratuits ?

Savoir avant tout le monde les dates de publication de mes prochains romans ?

Bref, faire partie de ma communauté de fans ?

Entrez votre adresse de courrier électronique ici !

Holler Box
%d blogueurs aiment cette page :